{"id":4003,"date":"2024-02-05T11:21:22","date_gmt":"2024-02-05T14:21:22","guid":{"rendered":"https:\/\/site.ac-martinique.fr\/philosophie\/?page_id=4003"},"modified":"2024-02-05T12:02:19","modified_gmt":"2024-02-05T15:02:19","slug":"metaphysique-anti-metaphysique-et-phenomenologie","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/site.ac-martinique.fr\/philosophie\/?page_id=4003","title":{"rendered":"M\u00e9taphysique, anti-m\u00e9taphysique et ph\u00e9nom\u00e9nologie"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<div class=\"page\" title=\"Page 1\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Pierre RODRIGO, professeur \u00e9m\u00e9rite de philosophie Universit\u00e9 de Bourgogne (Dijon, France)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"layoutArea\" style=\"text-align: justify;\">\n<div class=\"column\">\n<p>Conf\u00e9rence \u00e0 t\u00e9l\u00e9charger <a href=\"https:\/\/site.ac-martinique.fr\/philosophie\/wp-content\/uploads\/sites\/20\/2024\/02\/P.-Rodrigo.-Conference-Journees-Acad.pdf\">ici<\/a><\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>Je vais commencer mon expose\u0301 comme on le fait souvent en philosophie, c\u2019est-a\u0300-dire en me demandant si ma question d\u2019aujourd\u2019hui (qui concerne le rapport entre me\u0301taphysique et phe\u0301nome\u0301nologie) n\u2019est pas d\u2019une certaine manie\u0300re la re\u0301pe\u0301tition ou l\u2019e\u0301cho d\u2019une question plus ancienne et plus classique.<\/p>\n<p>Je rappelle donc qu\u2019au livre X de la Re\u0301publique Platon s\u2019e\u0301tait fait l\u2019e\u0301cho de ce qu\u2019il conside\u0301rait de\u0301ja\u0300 comme un vieux de\u0301bat, comme une ancienne pole\u0301mique qui devait e\u0302tre reprise a\u0300 nouveaux frais. Socrate remarquait en effet dans ce dialogue : \u00ab il est ancien, le diffe\u0301rend entre la philosophie et la cre\u0301ation poe\u0301tique \u00bb (X, 607b). Depuis lors \u2013 depuis donc le cinquie\u0300me sie\u0300cle avant J.-C. \u2013 on a pris l\u2019habitude de re\u0301sumer ce diffe\u0301rend par l\u2019alternative : Platon ou Home\u0300re \u2013 mais on pourrait tout aussi bien dire, en transposant le de\u0301bat a\u0300 l\u2019e\u0301poque moderne, Hume ou Shakespeare, Descartes ou Molie\u0300re, Gramsci ou Dante, etc. \u2013 en bref, the\u0301orie philosophique ou cre\u0301ation litte\u0301raire). Platon voyait dans ce diffe\u0301rend le signe du de\u0301saccord fondamental entre les valeurs que sa philosophie voulait instaurer dans la cite\u0301, sur le fondement de sa the\u0301orie me\u0301taphysique, et les valeurs de\u0301ja\u0300 institue\u0301es par les poe\u0300tes anciens, en particulier He\u0301siode et Home\u0300re, qui avaient fac\u0327onne\u0301 depuis le dixie\u0300me sie\u0300cle l\u2019e\u0301ducation et la culture de l\u2019homme grec par le mythe, la poe\u0301sie et l\u2019e\u0301pope\u0301e, et non par l\u2019enseignement, la logique et la de\u0301duction.<\/p>\n<p>Philosophie ou cre\u0301ation litte\u0301raire, donc. L\u2019antithe\u0300se construite par Platon est claire. Pourtant, vingt-cinq sie\u0300cles plus tard, dans un cours consacre\u0301 a\u0300 Nietzsche, Heidegger a pu insister, a\u0300 l\u2019inverse de Platon, sur ce qu\u2019il a nomme\u0301 le \u00ab bienheureux de\u0301saccord \u00bb entre philosophie et cre\u0301ation poe\u0301tique \u2013 et ce me\u0302me Heidegger a aussi longuement commente\u0301 a\u0300 de multiples reprises, dans ses ouvrages et dans ses cours, les \u0153uvres des grands poe\u0300tes romantiques ou expressionnistes allemands, tels Ho\u0308lderlin, Schiller et Trakl.<\/p>\n<p>Eh bien, si je peux me permettre d\u2019introduire mon propos en faisant e\u0301cho a\u0300 ce diffe\u0301rend entre Platon et Heidegger sur l\u2019interpre\u0301tation philosophique de la poe\u0301sie, je dirai qu\u2019aujourd\u2019hui la relation entre me\u0301taphysique et phe\u0301nome\u0301nologie me semble e\u0302tre tout aussi ambivalente que le rapport entre philosophie et poe\u0301sie \u2013 j\u2019entends par la\u0300 que cette relation me parai\u0302t osciller, de manie\u0300re profonde\u0301ment ambigu\u0308e, entre l\u2019antagonisme et la comple\u0301mentarite\u0301, ou entre l\u2019opposition et le renouvellement. Je vais tenter de clarifier un tant soit peu cette question en montrant que la phe\u0301nome\u0301nologie n\u2019est pas une anti- me\u0301taphysique, comme on le pense trop souvent (et comme on le pense en prenant appui, a\u0300 l\u2019occasion, sur certains textes des fondateurs de la phe\u0301nome\u0301nologie eux-me\u0302mes). Telle que je la comprends, la phe\u0301nome\u0301nologie n\u2019est pas une anti-me\u0301taphysique, elle ne vise pas a\u0300 en finir avec la tradition me\u0301taphysique, et cela pour une raison simple, me\u0302me s\u2019il n\u2019est assure\u0301ment pas simple d\u2019en pre\u0301ciser la signification. Cette raison tout a\u0300 la fois simple et complexe est que la phe\u0301nome\u0301nologie, dans son projet initial aussi bien que dans sa re\u0301alite\u0301 pre\u0301sente, vise en fait a\u0300 la constitution d\u2019une autre me\u0301taphysique, dont je m\u2019efforcerai de dessiner les contours, ne serait-ce qu\u2019a\u0300 grands traits.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"page\" style=\"text-align: justify;\" title=\"Page 2\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>***<\/p>\n<p>En bonne me\u0301thode, il me faut proposer tout d\u2019abord deux de\u0301finitions ope\u0301ratoires de la me\u0301taphysique et de la phe\u0301nome\u0301nologie. C\u2019est sur ces de\u0301finitions de travail provisoires que mon argumentation s\u2019appuiera, en cherchant a\u0300 rendre plus pre\u0301cises.<\/p>\n<p>Mon point de de\u0301part ressemble a\u0300 un truisme, mais il nous donnera matie\u0300re a\u0300 re\u0301flexion. Je pose donc, avec Emmanuel Le\u0301vinas, que \u00ab la me\u0301taphysique consiste a\u0300 transcender \u00bb (Totalite\u0301 et infini., p. 293). Cette transcendance, donc cette me\u0301taphysique, prend chez Le\u0301vinas la forme de l\u2019e\u0301thique, en tant que \u00ab philosophie premie\u0300re \u00bb impliquant l\u2019abandon de la primaute\u0301 philosophique de l\u2019ego au profit du primat d\u2019une alte\u0301rite\u0301 radicale, celle du \u00ab visage \u00bb de l\u2019Autre. Je ne creuserai pas ce point ; je retiens seulement que la \u00ab philosophie premie\u0300re \u00bb que Le\u0301vinas veut fonder et qu\u2019il oppose aux diverses formes de l\u2019ontologie philosophique se caracte\u0301rise, dans son principe, par le mouvement qui de\u0301centre l\u2019ego, le sujet me\u0301taphysique, vers une exte\u0301riorite\u0301 radicale. D\u2019ou\u0300 la conclusion tire\u0301e par Le\u0301vinas : \u00ab La transcendance comme telle est la \u2018\u2018conscience morale\u2019\u2019. La conscience morale accomplit la me\u0301taphysique \u00bb. Autant dire, si l\u2019on suit Le\u0301vinas, que la me\u0301taphysique, quelle que soit la diversite\u0301 de ses contenus the\u0301matiques, se de\u0301termine dans sa forme par le mouvement de de\u0301passement, de transcendance qu\u2019elle effectue \u2013 ou mieux encore, qu\u2019elle est.<\/p>\n<p>Il est de\u0300s lors parfaitement possible et le\u0301gitime de de\u0301finir la me\u0301taphysique par ce que Jean Greisch a nomme\u0301 \u00ab l\u2019effet me\u0301ta \u00bb, autrement dit par un mouvement qui constitue proprement une trans-gression du donne\u0301. C\u2019est bien ce que Maurice Merleau-Ponty souligne lui aussi lorsqu\u2019il affirme d\u2019une manie\u0300re a priori inattendue, dans sa Phe\u0301nome\u0301nologie de la perception (1945), que \u00ab La me\u0301taphysique \u2013 l\u2019e\u0301mergence d\u2019un au-dela\u0300 de la nature \u2013 n\u2019est pas localise\u0301e au niveau de la connaissance : elle commence avec l\u2019ouverture a\u0300 un \u2018\u2018autre\u2019\u2019, elle est partout et de\u0301ja\u0300 dans le de\u0301veloppement propre de la sexualite\u0301 \u00bb (PhP., p. 195). Sans doute faut-il reconnai\u0302tre dans la me\u0301taphysique ainsi saisie jusque dans notre sexualite\u0301 l\u2019expression la plus imme\u0301diate de la puissance \u00ab d\u2019e\u0301chappement \u00bb dont Merleau-Ponty cre\u0301dite l\u2019homme dans cet ouvrage (p. 221).<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"page\" style=\"text-align: justify;\" title=\"Page 3\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Il n\u2019est pas jusqu\u2019a\u0300 Schopenhauer pour abonder dans le me\u0302me sens lorsqu\u2019il note, au chapitre XVII des Supple\u0301ments au Monde comme volonte\u0301 et comme repre\u0301sentation, que \u00ab Excepte\u0301 l\u2019homme, aucun e\u0302tre ne s\u2019e\u0301tonne de sa propre existence ; c\u2019est pour tous une chose si naturelle qu\u2019ils ne la remarquent me\u0302me pas \u00bb (MVR, p. 851). Selon Schopenhauer, cette faculte\u0301 d\u2019e\u0301tonnement devant les raisons, les vicissitudes, les souffrances et la vanite\u0301 finale de nos existences, que nous savons promises a\u0300 la mort, singularise l\u2019homme dans l\u2019ensemble de la nature. Et elle n\u2019est rien d\u2019autre que la manifestation d\u2019un besoin irre\u0301pressible qu\u2019il qualifie de \u00ab besoin me\u0301taphysique \u00bb ; un besoin qui fait de l\u2019homme un \u00ab animal me\u0301taphysique\u00bb (ibid.). Schopenhauer propose alors la de\u0301finition suivante de la me\u0301taphysique : \u00ab Par me\u0301taphysique, j\u2019entends tout ce qui a la pre\u0301tention d\u2019e\u0302tre une connaissance de\u0301passant l\u2019expe\u0301rience, c\u2019est-a\u0300-dire les phe\u0301nome\u0300nes donne\u0301s, et qui tend a\u0300 expliquer par quoi la nature est conditionne\u0301e dans un sens ou dans l\u2019autre, ou, pour parler vulgairement, a\u0300 montrer ce qu\u2019il y a derrie\u0300re la nature et qui la rend possible. \u00bb (p. 856)<\/p>\n<p>Apre\u0300s cette premie\u0300re clarification du sens de la me\u0301taphysique comme appel au de\u0301passement ou a\u0300 la transcendance par \u00ab l\u2019effet me\u0301ta \u00bb, voyons ce qu\u2019il en est de la phe\u0301nome\u0301nologie. Son projet est de\u0301fini dans ses grandes lignes par un mot d\u2019ordre souvent re\u0301pe\u0301te\u0301 par Edmund Husserl et devenu ensuite une sorte de leitmotiv de la phe\u0301nome\u0301nologie. Ce mot d\u2019ordre exprime l\u2019exigence d\u2019un \u00ab retour aux choses me\u0302mes (zuru\u0308ck zu den Sachen selbst) \u00bb. Or, il parai\u0302t e\u0301vident qu\u2019un tel retour aux choses me\u0302mes ne peut qu\u2019impliquer un rejet de toute espe\u0300ce de transcendance me\u0301taphysique, et qu\u2019il doit avoir pour conse\u0301quence une opposition frontale entre me\u0301taphysique et phe\u0301nome\u0301nologie. Il parai\u0302t en outre tout aussi e\u0301vident que ce mot d\u2019ordre implique qu\u2019on privile\u0301gie l\u2019immanence du sujet a\u0300 ses expe\u0301riences, sa proximite\u0301 premie\u0300re aux choses et a\u0300 lui-me\u0302me bien pluto\u0302t que son e\u0301ventuelle e\u0301chappe\u0301e, son e\u0301vasion vers quelque conside\u0301ration me\u0301ta-physique. Pour poursuivre dans le sens d\u2019une opposition tranche\u0301e entre me\u0301taphysique et phe\u0301nome\u0301nologie, on peut mentionner aussi l\u2019insistance avec laquelle Husserl a rappele\u0301 une seconde caracte\u0301ristique de la me\u0301thode phe\u0301nome\u0301nologique, celle qu\u2019il a nomme\u0301e \u00ab l\u2019e\u0301pokhe\u0300 \u00bb me\u0301thodique. L\u2019e\u0301pokhe\u0300, c\u2019est tout d\u2019abord la mise en suspens de tous les jugements habituels, et donc imme\u0301diats, sur l\u2019objet expe\u0301rimente\u0301 ou pense\u0301. C\u2019est ensuite, le recentrage du questionnement autour de ce que Husserl nomme le \u00ab phe\u0301nome\u0300ne \u00bb (apre\u0300s Kant mais autrement que Kant, j\u2019y reviendrai). Or, ce simple rappel de la double exigence husserlienne d\u2019un \u00ab retour aux choses me\u0302mes \u00bb et d\u2019une e\u0301pokhe\u0300 rigoureuse, n\u2019indique-t-il pas que la phe\u0301nome\u0301nologie fait subir par principe un inde\u0301niable de\u0301classement a\u0300 cet effet me\u0301ta dont j\u2019ai dit qu\u2019il est inhe\u0301rent a\u0300 la me\u0301taphysique ? Il le semble bien.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"page\" style=\"text-align: justify;\" title=\"Page 4\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Le te\u0301moignage du tout premier ouvrage de Husserl, Les Recherches logiques, publie\u0301 en 1901, parai\u0302t d\u2019ailleurs parfaitement explicite quant au de\u0301classement phe\u0301nome\u0301nologique de l\u2019effet me\u0301ta. Husserl pose en effet, au \u00a7 7 de l\u2019Introduction ge\u0301ne\u0301rale de ses Recherches logiques un principe qu\u2019il nomme (c\u2019est le titre de ce paragraphe) \u00ab Le principe de l\u2019absence de pre\u0301suppositions \u00bb, principalement, ajoute-t-il, de \u00ab [l\u2019]absence de pre\u0301suppositions me\u0301taphysiques \u00bb (R.L., I, p. 24). Dans le me\u0302me ordre d\u2019ide\u0301e, l\u2019affirmation par Heidegger de la ne\u0301cessite\u0301 d\u2019ope\u0301rer en phe\u0301nome\u0301nologie la \u00ab destruction de la me\u0301taphysique (Destruktion der Metaphysik)\u00bb est d\u2019allure encore plus radicale. Dans ces conditions, que la phe\u0301nome\u0301nologie se soit construite de\u0300s son origine comme une anti-me\u0301taphysique, cela ne semble plus faire aucun doute.<\/p>\n<p>Plusieurs nuances doivent pourtant e\u0302tre apporte\u0301es a\u0300 ce jugement initial. En premier lieu, parce que tous les textes de Husserl et de Heidegger n\u2019opposent pas phe\u0301nome\u0301nologie et tradition me\u0301taphysique. Il s\u2019en faut de beaucoup. C\u2019est pluto\u0302t a\u0300 une certaine me\u0301taphysique que Husserl s\u2019oppose : celle qu\u2019il qualifie, en 1929, dans l\u2019E\u0301pilogue de ses Me\u0301ditations carte\u0301siennes (\u00a7 64), de me\u0301taphysique \u00ab nai\u0308ve \u00bb : \u00ab la phe\u0301nome\u0301nologie n\u2019e\u0301limine que la me\u0301taphysique nai\u0308ve ope\u0301rant avec les absurdes choses en soi (widersinnigen Dingen an sich), mais elle n\u2019exclut pas la me\u0301taphysique en ge\u0301ne\u0301ral \u00bb. C\u2019est donc aux the\u0301ories me\u0301taphysiques qui visent la connaissance objective, la connaissance de suppose\u0301es \u00ab choses en soi \u00bb, que Husserl s\u2019en prend, exactement comme Kant l\u2019avait fait avant lui, et il le fait lui aussi au nom d\u2019une connaissance rigoureuse, parce que bien fonde\u0301e, des \u00ab phe\u0301nome\u0300nes \u00bb \u2013 me\u0302me si, je le redis, les \u00ab phe\u0301nome\u0300nes \u00bb de Husserl ne sont pas identiques a\u0300 ceux de Kant. Selon Husserl, la phe\u0301nome\u0301nologie peut me\u0302me, en tant que syste\u0300me de la connaissance comple\u0300te des phe\u0301nome\u0300nes, reprendre le\u0301gitimement a\u0300 son compte le projet, d\u2019esprit franchement me\u0301taphysique, de constitution d\u2019une \u00ab science universelle, [d\u2019une] science du tout du monde, science l\u2019uni-totalite\u0301 de tout l\u2019e\u0301tant \u00bb (Krisis, p. 355) On voit que, s\u2019agissant de Husserl, la re\u0301fe\u0301rence a\u0300 l\u2019\u00ab anti-me\u0301taphysique \u00bb doit e\u0302tre fortement relativise\u0301e. J\u2019ajouterai \u2013 sans y insister ici \u2013 qu\u2019il en va de me\u0302me avec Kant, puisque le projet des trois Critiques, aussi restrictif soit-il vis-a\u0300-vis des pre\u0301tentions de la me\u0301taphysique \u00ab dogmatique \u00bb dans le champ the\u0301orique, conduit bel et bien Kant, dans le champ pratique, a\u0300 une Me\u0301taphysique des m\u0153urs dans laquelle l\u2019absolu moral exerce de plein droit sa le\u0301galite\u0301 sous la forme de \u00ab l\u2019impe\u0301ratif cate\u0301gorique \u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"page\" style=\"text-align: justify;\" title=\"Page 5\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Pour en rester au cas de Husserl, faut-il conclure de mes remarques pre\u0301ce\u0301dentes que sa doctrine phe\u0301nome\u0301nologique n\u2019a pas pu faire l\u2019e\u0301conomie des questions me\u0301taphysiques qu\u2019elle espe\u0301rait pourtant mettre \u00ab hors circuit \u00bb ? Faut-il donc conclure de ces remarques que Husserl en est venu a\u0300 la me\u0301taphysique en de\u0301pit de sa volonte\u0301 premie\u0300re de l\u2019e\u0301carter ? Ou bien, et c\u2019est mon interpre\u0301tation, faut-il en conclure que la de\u0301marche me\u0301taphysique et la de\u0301marche phe\u0301nome\u0301nologique sont comple\u0301mentaires, en ceci au moins que c\u2019est, pour le dire avec Dominique Janicaud, \u00ab pre\u0301cise\u0301ment en vertu de la distance acquise a\u0300 l\u2019e\u0301gard de [son] environnement \u00bb en transcendant l\u2019imme\u0301diatete\u0301 de ses expe\u0301riences, donc par l\u2019effet me\u0301ta, que l\u2019homme \u00ab devient capable d\u2019observer les phe\u0301nome\u0300nes en les interrogeant, c\u2019est-a\u0300-dire de devenir \u2013 au moins en un sens prope\u0301deutique \u2013 phe\u0301nome\u0301nologue \u00bb ?<\/p>\n<p>J\u2019ai dit qu\u2019a\u0300 mon sens mieux vaut nuancer, pluto\u0302t qu\u2019accentuer, l\u2019opposition entre phe\u0301nome\u0301nologie et me\u0301taphysique, mieux vaut, donc, re\u0301sister a\u0300 la tentation imme\u0301diate de faire de la premie\u0300re une anti-me\u0301taphysique re\u0301solue. Cela se ve\u0301rifie a\u0300 nouveau a\u0300 propos de l\u2019auteur qui semble avoir e\u0301te\u0301 le plus farouchement oppose\u0301 a\u0300 la tradition me\u0301taphysique prise dans son ensemble, a\u0300 savoir Heidegger \u2013 Heidegger dont j\u2019ai rappele\u0301 qu\u2019il a place\u0301 la phe\u0301nome\u0301nologie, de\u0300s le \u00a7 6 de Sein und Zeit, sous le signe d\u2019une ne\u0301cessaire \u00ab destruction de la me\u0301taphysique (Zersto\u0308rung der Metaphysik)\u00bb. Quoi de plus antithe\u0301tique qu\u2019une destruction ? Mais pourtant, ce me\u0302me Heidegger ne pro\u0302ne cette \u00ab destruction \u00bb de la me\u0301taphysique traditionnelle, ou institue\u0301e, qu\u2019a\u0300 partir d\u2019une rede\u0301finition profonde\u0301ment novatrice de la transcendance et donc de \u00ab l\u2019effet me\u0301ta \u00bb. Il rede\u0301finit en effet la transcendance comme inquie\u0301tude du sens inscrite au c\u0153ur de nos existences, autrement dit comme de\u0301passement de l\u2019e\u0301vidence de ce qui est donne\u0301, de\u0301passement donc de \u00ab l\u2019e\u0301tant (das Seiende) \u00bb. De\u0301passement tout d\u2019abord vers l\u2019interrogation du sens de ce donne\u0301 (c\u2019est la question socratique bien connue : \u00ab Qu\u2019est-ce que c\u2019est, c\u0327a ? \u00bb ou bien \u00ab Qu\u2019est-ce que tu fais, la\u0300 ? \u00bb) ; puis de\u0301passement vers l\u2019interrogation de l\u2019e\u0302tre des e\u0301tants pris dans leur ensemble, vers \u00ab l\u2019e\u0301tantite\u0301 \u00bb comme telle ; et finalement, de\u0301passement vers l\u2019interrogation du sens de l\u2019e\u0302tre tout court, de l\u2019e\u0302tre lui-me\u0302me, cet e\u0302tre qui n\u2019est pas du me\u0302me ordre que les e\u0301tants et dont Heidegger soutient par conse\u0301quent qu\u2019il est un \u00ab ne\u0301ant \u00bb d\u2019e\u0301tant. Or, toutes ces questions sont bien e\u0301videmment de type me\u0301taphysique et non de type scientifique, psychologique ou historique. C\u2019est pourquoi Heidegger e\u0301crit dans sa confe\u0301rence de 1929 intitule\u0301e Qu\u2019est-ce que la me\u0301taphysique ? :<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"page\" style=\"text-align: justify;\" title=\"Page 6\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>\u00ab La Me\u0301taphysique, c\u2019est l\u2019interrogation qui de\u0301passe l\u2019e\u0301tant qu\u2019elle questionne, afin de le retrouver comme tel et dans son ensemble pour en produire le concept. Lorsqu\u2019on s&#8217;interroge sur le ne\u0301ant, on de\u0301passe en ce sens l\u2019e\u0301tant en tant qu\u2019e\u0301tant pris dans son ensemble. Cette question s\u2019atteste ainsi comme une question \u2018\u2018me\u0301taphysique\u2019\u2019 \u00bb (Q.I, p.67).<\/p>\n<p>Interroger l\u2019e\u0302tre comme ne\u0301ant d\u2019e\u0301tant, interroger l\u2019e\u0302tre comme ce qui n\u2019est pas, c\u2019est donc questionner de manie\u0300re e\u0301minemment me\u0301taphysique, me\u0302me si ce n\u2019est pas le chemin qui a e\u0301te\u0301 suivi par les diffe\u0301rentes me\u0301taphysiques e\u0301labore\u0301es puis institue\u0301es au fil de notre tradition. Interroger l\u2019e\u0302tre en tant qu\u2019e\u0302tre, l\u2019e\u0302tre pur et simple, sans jamais le rabattre sur un e\u0301tant (que cet e\u0301tant soit Dieu, l\u2019Histoire ou la Nature), c\u2019est en somme se re\u0301approprier le sens premier de l\u2019e\u0301lan me\u0301taphysique, c\u2019est retrouver la puissance instituante de la me\u0301taphysique dans ce qu\u2019elle a de\u0301ja\u0300 institue\u0301 et aussi, sans doute, dans ce qu\u2019elle n\u2019a pas su instituer. Comme Jacques Taminiaux l\u2019a e\u0301crit a\u0300 propos du jeu entre l\u2019instituant et l\u2019institue\u0301,<\/p>\n<p>\u00ab Si ce de\u0301bat rec\u0327oit [chez Heidegger] le nom de Destruktion, ce n\u2019est pas parce qu\u2019il entend de\u0301truire l\u2019he\u0301ritage, mais parce qu\u2019il vise a\u0300 en dissoudre la scle\u0301rose pour en rejoindre le sol phe\u0301nome\u0301nal, de manie\u0300re a\u0300 y de\u0301partager ce qui est appele\u0301 par le phe\u0301nome\u0300ne et ce qui l\u2019oblite\u0300re. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Dissoudre la scle\u0301rose \u00bb, \u00ab de\u0301partager \u00bb et non de\u0301truire, ce sont autant de projets qui s\u2019inscrivent sous une rubrique qu\u2019on peut nommer la comple\u0301mentarite\u0301. Une comple\u0301mentarite\u0301 critique, certes, entre phe\u0301nome\u0301nologie et tradition me\u0301taphysique, mais pas une antithe\u0300se. Cette conclusion fait e\u0301cho a\u0300 une note de travail de prime abord fort de\u0301routante de Maurice Merleau-Ponty a\u0300 l\u2019e\u0301poque ou\u0300 il pre\u0301parait ce qui allait e\u0302tre son dernier ouvrage, Le Visible et l\u2019invisible : \u00ab Je suis contre la finitude au sens empirique, existence de fait qui a des limites, et c\u2019est pourquoi je suis pour la me\u0301taphysique \u00bb (note de mai 1960). Autant dire qu\u2019on peut e\u0302tre phe\u0301nome\u0301nologue, qu\u2019on peut se re\u0301clamer de Husserl et Heidegger, et e\u0301crire \u00ab je suis pour la me\u0301taphysique \u00bb ! C\u2019est possible en effet, mais si et seulement si cela signifie : j\u2019entends retrouver, au profit de la compre\u0301hension des phe\u0301nome\u0300nes, le plus vif de l\u2019e\u0301lan me\u0301taphysique, \u00ab l\u2019effet me\u0301ta \u00bb dans sa plus grande puissance de transgression des savoirs institue\u0301s.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"page\" style=\"text-align: justify;\" title=\"Page 7\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Reste alors a\u0300 nous demander pour quelles raisons la comple\u0301mentarite\u0301 critique entre phe\u0301nome\u0301nologie et me\u0301taphysique, que je viens de souligner, a e\u0301te\u0301 et est encore si massivement pense\u0301e comme antagonisme. Ou, il reste a\u0300 nous demander pourquoi la phe\u0301nome\u0301nologie passe malgre\u0301 tout le plus souvent pour une anti-me\u0301taphysique ?<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>Pour re\u0301pondre a\u0300 cette question, je reviens a\u0300 ma premie\u0300re de\u0301finition provisoire de la me\u0301taphysique. Je reviens donc a\u0300 la formule d\u2019Emmanuel Le\u0301vinas : \u00ab la me\u0301taphysique consiste a\u0300 transcender \u00bb. Transcender l\u2019e\u0301vidence de ce qui est, l\u2019e\u0301vidence de l\u2019e\u0301tant, pour interroger ce qui est donne\u0301 sur son e\u0302tre me\u0302me \u2013 ou, pour interroger le donne\u0301 en le de\u0301passant vers son e\u0302tre (c\u2019est \u00ab l\u2019effet me\u0301ta \u00bb). Fort bien, mais comment proce\u0301der ?<\/p>\n<p>Deux voies sont en fait envisageables pour le questionnement me\u0301taphysique : soit la voie qui conduit vers l\u2019e\u0302tre conc\u0327u comme re\u0301alite\u0301 supre\u0302me, qui conduit donc vers un e\u0301tant supre\u0302me dont l\u2019e\u0301minence tient a\u0300 son ro\u0302le de fondement ultime ; soit la voie qui me\u0300ne a\u0300 l\u2019e\u0302tre compris, cette fois, comme caracte\u0300re commun a\u0300 tout ce qui est, commun a\u0300 tous les e\u0301tants.<br \/>&#8212; La premie\u0300re voie, celle qui nous achemine vers l\u2019e\u0302tre comme re\u0301alite\u0301 supre\u0302me, a e\u0301te\u0301 celle de la plupart des the\u0301ologies, pour lesquelles le dieu ou les dieux donnent la possibilite\u0301 d\u2019e\u0302tre aux autres e\u0301tants (qu\u2019on dira, selon les cas, sublunaires, finis, cre\u0301e\u0301s, e\u0301mane\u0301s, etc.). En me\u0301taphysique, c\u2019est la voie suivie par ce que Kant a nomme\u0301, dans la Critique de la raison pure, \u00ab l\u2019ontothe\u0301ologie \u00bb. L\u2019ontothe\u0301ologie questionne l\u2019e\u0302tre de ce qui est, bien su\u0302r, mais elle le questionne dans son rapport a\u0300 l\u2019E\u0302tre supre\u0302me (avec majuscule), donc dans son rapport a\u0300 un e\u0302tre e\u0301minent \u2013 qui n\u2019est a\u0300 rigoureusement parler qu\u2019un e\u0301tant tenu pour supre\u0302me. Cet e\u0302tre ou cet e\u0301tant e\u0301minent a e\u0301te\u0301 (et est) nomme\u0301 Dieu (ou \u00ab l\u2019E\u0302tre supre\u0302me \u00bb ; Pascal pre\u0301cisait : le \u00ab Dieu des philosophes \u00bb et non celui des croyants).<\/p>\n<p>Mais, a\u0300 partir de Descartes l\u2019e\u0301tant le plus e\u0301minent a aussi pris le nom et le statut de sujet pensant \u2013 a\u0300 savoir l\u2019ego de la formule \u00ab cogito ergo sum \u00bb, qui est le sujet pensant en tant que fondement de la ve\u0301rite\u0301 des objets de l\u2019expe\u0301rience et de lui-me\u0302me, a\u0300 une condition indispensable, qui reconduit en fait vers un dieu transcendant. Cette condition est explicite dans les trois premie\u0300res Me\u0301ditations me\u0301taphysiques de Descartes : c\u2019est que Dieu ne soit pas trompeur, sinon le sujet pensant irait d\u2019erreur en erreur dans chacune de ses pense\u0301es, qu\u2019il s\u2019agisse de me\u0301taphysique ou de mathe\u0301matiques, de philosophie ou de science. Apre\u0300s et a\u0300 la suite de Descartes, Kant a pu lever, dans le domaine de la connaissance the\u0301orique, la condition sine qua non du dieu non trompeur, du dieu \u00ab ve\u0301race \u00bb. Il a alors nomme\u0301 le sujet qui est, et reste, le seul fondement de la connaissance the\u0301orique, le \u00ab sujet transcendantal \u00bb, pour le diffe\u0301rencier, d\u2019une part, du sujet empirique et, d\u2019autre part, du pur Transcendant, Dieu.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"page\" style=\"text-align: justify;\" title=\"Page 8\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Cependant, qu\u2019il s\u2019agisse de Descartes ou de Kant, le dispositif me\u0301taphysique des Modernes ne permet pas de dissiper l\u2019e\u0301quivoque des deux voies prises par la me\u0301taphysique depuis les Grecs, car il ne fait gue\u0300re que de\u0301placer la dualite\u0301 initiale (la dualite\u0301 de la me\u0301taphysique en tant qu\u2019acheminement vers l\u2019e\u0302tre supre\u0302me ou vers l\u2019e\u0302tre commun). On a de\u0301place\u0301, mais non surmonte\u0301, cette dualite\u0301 en introduisant une nouvelle dualite\u0301, cette fois dans l\u2019e\u0301tant e\u0301minent lui-me\u0302me : Dieu ou la subjectivite\u0301 moderne, autrement dit : le Transcendant (avec majuscule), ou le sujet transcendantal, le second se libe\u0301rant progressivement apre\u0300s Descartes de la tutelle ontologique du premier. Cette libe\u0301ration est un aspect essentiel de ce que Nietzsche a reconnu comme \u00ab mort de Dieu \u00bb (Gai savoir, \u00a7 108).<\/p>\n<p>&#8212; Quant a\u0300 la seconde voie, c\u2019est \u2013 comme je l\u2019ai dit \u2013 celle qui oriente le me\u0301taphysicien vers le trait le plus commun que se partagent les e\u0301tants et qui les de\u0301finit comme tels. On peut nommer ce trait leur e\u0301tantite\u0301 \u2013 de me\u0302me qu\u2019on nomme le trait commun a\u0300 tous les objets l\u2019objecti(vi)te\u0301, et a\u0300 tous les sujets la subjecti(vi)te\u0301. Or, le trait le plus commun a\u0300 tous les e\u0301tants est tout simplement qu\u2019ils sont, plus exactement qu\u2019ils sont en train d\u2019e\u0302tre par un acte continue\u0301, un acte en train de s\u2019accomplir encore. C\u2019est pourquoi il est plus juste, plus pre\u0301cis du point de vue me\u0301taphysique, de parler \u00ab d\u2019e\u0301tant \u00bb pluto\u0302t que de chose, d\u2019objet ou d\u2019e\u0302tre objectif : parce que dans le substantif, dans le nom commun \u00ab l\u2019e\u0301tant \u00bb re\u0301sonne nettement \u2013 si l\u2019on y pre\u0302te attention \u2013 un sens non plus nominal, mais verbal : le sens actif du participe pre\u0301sent du verbe e\u0302tre, autrement dit le sens de l\u2019acte d\u2019e\u0302tre en train de s\u2019accomplir.<\/p>\n<p>On peut conclure de l\u2019existence de ces deux voies offertes, l\u2019une aussi bien que l\u2019autre, au questionnement me\u0301taphysique, que l\u2019effet me\u0301ta produit, comme Heidegger l\u2019a souligne\u0301, un tre\u0300s \u00ab curieux de\u0301doublement \u00bb de la me\u0301taphysique : le de\u0301doublement de son objet (l\u2019e\u0302tre commun ou l\u2019e\u0302tre e\u0301minent) et, chez les Modernes, le de\u0301doublement du Transcendant et du transcendantal (cf. Kant et le proble\u0300me de la me\u0301taphysique, p. 67). Mais il est temps maintenant, puisque je viens de citer Heidegger, de nous demander ou\u0300 et comment la phe\u0301nome\u0301nologie intervient dans ces de\u0301bats me\u0301taphysiques ?<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"page\" style=\"text-align: justify;\" title=\"Page 9\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Elle y intervient sur un point particulie\u0300rement crucial. Ce point, que la phe\u0301nome\u0301nologie rappelle avec constance depuis Heidegger, est qu\u2019entre les me\u0301taphysiques grecques et modernes un virage radical a e\u0301te\u0301 ope\u0301re\u0301. Ce virage a effectivement e\u0301te\u0301 radical parce qu\u2019il a introduit une inflexion profonde du questionnement me\u0301taphysique: l\u2019inflexion qui transforme l\u2019interrogation grecque de l\u2019e\u0302tre de l\u2019e\u0301tant comme tel (en tant qu\u2019e\u0302tre commun ou qu\u2019e\u0302tre supre\u0302me) en interrogation moderne de l\u2019e\u0302tre de l\u2019e\u0301tant comme connaissable par le sujet pensant, autrement dit, si vous me permettez de le formuler ainsi, en interrogation de l\u2019e\u0302tre comme cogitable.<\/p>\n<p>Ce tournant dans la compre\u0301hension de ce qu\u2019est la me\u0301taphysique est tout a\u0300 fait net chez Descartes, qui en est d\u2019ailleurs le promoteur. Il est absolument clair, par exemple, quand Descartes pre\u0301cise dans la Pre\u0301face de ses Principes de la philosophie qu\u2019il veut introduire avec cet ouvrage a\u0300 \u00ab La vraie philosophie, dont est premie\u0300re partie est la me\u0301taphysique, qui contient les principes de la connaissance \u00bb. Au sie\u0300cle suivant, Kant surenche\u0301rit en e\u0301crivant dans sa Critique de la raison pure que \u00ab la me\u0301taphysique est la science des premiers principes de la connaissance humaine \u00bb. Dans les deux cas le virage ope\u0301re\u0301 par les Modernes est incontestable puisqu\u2019il apparai\u0302t que, pour les carte\u0301siens et les postcarte\u0301siens, la me\u0301taphysique doit traiter des principes de la connaissance humaine, et pas (ou plus) des principes de ce qui est en tant qu\u2019il est. Il s\u2019ensuit que, me\u0302me si la me\u0301taphysique moderne renonce, avec Kant, a\u0300 la pre\u0301tention de connai\u0302tre la chose telle qu\u2019elle est en elle-me\u0302me \u2013 la \u00ab chose en soi \u00bb dans le vocabulaire de Kant \u2013 et si elle s\u2019autolimite a\u0300 la connaissance desphe\u0301nome\u0300nes qui nous sont donne\u0301s par notre sensibilite\u0301 puis pense\u0301s par notre entendement, ces phe\u0301nome\u0300nes-la\u0300 sont \u2013 et ne sont que \u2013 des phe\u0301nome\u0300nes pour nous, pour notre repre\u0301sentation. Pour Kant, un phe\u0301nome\u0300ne en soi cela n\u2019existe pas, puisqu\u2019il n\u2019y a de phe\u0301nome\u0300nes que pour notre sensibilite\u0301 puis pour notre connaissance d\u2019entendement. Il l\u2019affirme tout a\u0300 fait explicitement au \u00a7 8 de l\u2019Esthe\u0301tique transcendantale : \u00ab en tant que phe\u0301nome\u0300nes, ils ne peuvent pas exister en soi, mais seulement en nous \u00bb (CRP, p. 68). Autrement dit, il n\u2019y a de phe\u0301nome\u0300ne que senti et cogite\u0301, donc il n\u2019y a de phe\u0301nome\u0300ne que dans notre repre\u0301sentation, et il ne peut y avoir de ve\u0301rite\u0301 que du phe\u0301nome\u0300ne ainsi compris \u2013 ce qui signifie du phe\u0301nome\u0300ne compris, ni comme phe\u0301nome\u0300ne en soi inde\u0301pendant de notre sensibilite\u0301 et de notre entendement, ni comme simple apparence (Schein), mais comme un apparai\u0302tre (Erscheinung) effectif : \u00ab Dans le phe\u0301nome\u0300ne, les objets et les manie\u0300res d\u2019e\u0302tre que nous leur attribuons sont toujours conside\u0301re\u0301s comme quelque chose de re\u0301ellement donne\u0301 [autrement dit, l\u2019Erscheinung n\u2019est pas une apparence, un Schein] ; seulement, en tant que cette manie\u0300re d\u2019e\u0302tre ne de\u0301pend que du mode d\u2019intuition du sujet, dans son rapport a\u0300 l\u2019objet donne\u0301, cet objet est distinct comme phe\u0301nome\u0300ne de ce qu\u2019il est comme objet en soi. \u00bb (CRP., \u00a7 8, trad. fr. PUF, p. 73-74, je souligne)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"page\" style=\"text-align: justify;\" title=\"Page 10\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>A\u0300 la suite de ces remarques sur le sens kantien du phe\u0301nome\u0300ne, la signification de ce que j\u2019ai nomme\u0301 le \u00ab virage \u00bb ope\u0301re\u0301 par la me\u0301taphysique moderne apparai\u0302t peut-e\u0302tre plus claire. Heidegger a re\u0301sume\u0301 cette signification en une formule frappante : \u00ab Pour les Grecs, les choses apparaissent. Pour Kant, les choses m\u2019apparaissent \u00bb (Se\u0301minaire du Thor, 1968, inQuestions IV, p. 262) ; qu\u2019on peut comple\u0301ter par ce qui lui fait suite : \u00ab Les Grecs sont l\u2019humanite\u0301 qui ve\u0301cut imme\u0301diatement dans l\u2019ouverture des phe\u0301nome\u0300nes. [&#8230;] Les Grecs, en leur e\u0302tre, appartiennent a\u0300 l\u2019ale\u0300theia [a\u0300 la \u2018\u2018ve\u0301rite\u0301\u2019\u2019 en tant que de\u0301-voilement propre de ce qui est, tel qu\u2019il est] ou\u0300 l\u2019e\u0301tant se de\u0301voile dans sa phe\u0301nome\u0301nalite\u0301 \u00bb (p. 264).<\/p>\n<p>Ce qui est ainsi forclos par principe, ce qui est maintenu voile\u0301 par la me\u0301taphysique moderne, c\u2019est le tout premier fait me\u0301taphysique \u2013 j\u2019aimerais pouvoir dire \u2018\u2018le fait archi- me\u0301taphysique\u2019\u2019 \u2013 qui est que l\u2019e\u0301tant se phe\u0301nome\u0301nalise, se manifeste de lui-me\u0302me et se de\u0301voile pour ce qu\u2019il est dans son apparai\u0302tre me\u0302me (\u00ab Autant d\u2019apparai\u0302tre, autant d\u2019e\u0302tre \u00bb, rappelait Husserl). L\u2019e\u0301tant donc se phe\u0301nome\u0301nalise, se manifeste, et cette manifestation a lieu qu\u2019il y ait ou non un sujet pour la penser, me\u0302me s\u2019il reste assure\u0301 que le sujet peut e\u0302tre amene\u0301 a\u0300 jouer un ro\u0302le actif dans le recueil compre\u0301hensif de la manifestation (dans ce que les Grecs appelaient le logos), mais sans que ce sujet soit pour autant la condition \u00ab transcendantale \u00bb de possibilite\u0301 de la manifestation phe\u0301nome\u0301nale. Bref, le fait premier est qu\u2019il y a manifestation, qu\u2019il y a de\u0301-voilement, a-le\u0300theia. Le projet de la phe\u0301nome\u0301nologie est de se porter a\u0300 hauteur de cette manifestation des phe\u0301nome\u0300nes eux-me\u0302mes, sans l\u2019oblite\u0301rer d\u2019emble\u0301e par une the\u0301orie de la connaissance repre\u0301sentative.<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>La \u00ab chose \u00bb de la phe\u0301nome\u0301nologie, celle qu\u2019e\u0301voquait Husserl dans son mot d\u2019ordre du \u00ab retour aux choses me\u0302mes \u00bb, n\u2019est par conse\u0301quent rien d\u2019autre que la manifestation phe\u0301nome\u0301nale en tant que telle (au sens non moderne, non kantien de la phe\u0301nome\u0301nalite\u0301). C\u2019est a\u0300 la structure de l\u2019apparai\u0302tre phe\u0301nome\u0301nal qu\u2019elle nous demande de revenir. C\u2019est elle qu\u2019il nous faut analyser et conceptualiser, sans la re\u0301duire a\u0300 notre structure de compre\u0301hension sensible et intellectuelle. Quoi qu\u2019on en dise lorsqu\u2019on conside\u0300re que la phe\u0301nome\u0301nologie est une anti-me\u0301taphysique, son projet vise bel et bien a\u0300 accomplir un retour de\u0301cisif au fondement de la recherche me\u0301taphysique de l\u2019e\u0302tre de ce qui est, c\u2019est-a\u0300-dire de l\u2019e\u0302tre de l\u2019e\u0301tant tel qu\u2019il \u00ab se de\u0301voile dans sa phe\u0301nome\u0301nalite\u0301 \u00bb (Heidegger). Il s\u2019agit donc, avec la phe\u0301nome\u0301nologie, d\u2019un retour a\u0300 l\u2019essence me\u0302me (Wesen) de la me\u0301taphysique. C\u2019est la raison pour laquelle Jacques Taminiaux parlait, dans la citation que j\u2019ai lue tout a\u0300 l\u2019heure, de la phe\u0301nome\u0301nologie, non en tant qu\u2019incitation a\u0300 de\u0301truire la me\u0301taphysique, a\u0300 en finir avec elle, mais en tant que projet d\u2019en \u00ab dissoudre la scle\u0301rose pour en rejoindre le sol phe\u0301nome\u0301nal \u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"page\" style=\"text-align: justify;\" title=\"Page 11\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Pour finir, tentons de dire en quelque mots en quoi consiste la \u00ab scle\u0301rose \u00bb me\u0301taphysique ? Il me semble qu\u2019une re\u0301ponse possible est que l\u2019e\u0301lan me\u0301taphysique des modernes, celui de Descartes et de ses successeurs, s\u2019est scle\u0301rose\u0301 autour du noyau de l\u2019ego. Il s\u2019est scle\u0301rose\u0301 en effet, dans un premier temps, autour du ro\u0302le de fondement de la ve\u0301rite\u0301 objective qui a e\u0301te\u0301 donne\u0301 par Descartes au sujet cogitant (sentant et pensant) sous la condition d\u2019existence d\u2019un Dieu non trompeur ; puis, dans un second temps, autour du noyau de l\u2019ego transcendantal comme fondement de la ve\u0301rite\u0301 des phe\u0301nome\u0300nes sentis et pense\u0301s (Kant).<\/p>\n<p>La \u00ab mise entre parenthe\u0300ses \u00bb (Husserl) du sujet transcendantal comme lieu de la ve\u0301rite\u0301 des phe\u0301nome\u0300nes est la plus ne\u0301cessaire des conse\u0301quences de l\u2019impe\u0301ratif husserlien du \u00ab retour aux choses me\u0302mes \u00bb en tant qu\u2019impe\u0301ratif du retour a\u0300 la structure propre de la phe\u0301nome\u0301nalite\u0301. Mais il faut bien noter que la mise en suspens du sujet transcendantal n\u2019implique pas de renoncer a\u0300 toute re\u0301fe\u0301rence au sujet, c\u2019est-a\u0300-dire d\u2019en finir avec la subjectivite\u0301. Il est simplement ne\u0301cessaire d\u2019admettre que, me\u0302me si ultimement la manifestation propre des e\u0301tants au sein du monde peut donner lieu a\u0300 leur apparition a\u0300 quelqu\u2019un (a\u0300 ses sens et a\u0300 sa pense\u0301e), ce \u00ab quelqu\u2019un \u00bb, cet existant, \u00ab fait lui aussi partie du monde \u00bb et n\u2019est pas la condition de possibilite\u0301 de ce monde (cf. Jan Patocka, Papiers phe\u0301nome\u0301nologiques, p. 194). Il suit de la\u0300 que l\u2019ego transcendantal et la \u00ab conscience transcendantale \u00bb, sur le fondement desquels la me\u0301taphysique des modernes a construit sa the\u0301orie de l\u2019e\u0302tre et de la ve\u0301rite\u0301 \u2013 et cela jusqu\u2019a\u0300 Husserl lui-me\u0302me \u2013 sont ramene\u0301s par la phe\u0301nome\u0301nologie post-husserlienne au statut de composantes d\u2019un champ plus ample, plus profond, le champ phe\u0301nome\u0301nal dont le nom dernier est le nom de \u00ab monde \u00bb. Dans ce champ, le sujet phe\u0301nome\u0301nologique occupe une place qui, pour ne plus e\u0302tre celle de l\u2019ego transcendantal, donc pour ne plus e\u0302tre me\u0301taphysiquement e\u0301minente, n\u2019en est pas moins tout a\u0300 fait singulie\u0300re, que Jan Patocka e\u0301voque en ces termes : \u00ab Il doit y avoir dans le monde en e\u0302tre adapte\u0301, d\u2019une part, a\u0300 la structure de l\u2019apparition [ou de la manifestation], d\u2019autre part, aux conditions d\u2019existence du monde de la nature et du monde social. Cette dualite\u0301 du moi, a\u0300 la fois re\u0301cepteur de l\u2019apparition et acteur causal, est quelque chose qui doit appartenir au caracte\u0300re d\u2019apparition du moi lui-me\u0302me. \u00bb (P.P, p. 195)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"page\" style=\"text-align: justify;\" title=\"Page 12\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Le moi phe\u0301nome\u0301nologique recueille donc la manifestation propre des phe\u0301nome\u0300nes au sein du monde (des \u00ab phe\u0301nome\u0300nes-de-monde \u00bb disait Husserl) et est lui-me\u0302me inscrit dans ce monde au titre \u00ab d\u2019acteur \u00bb du monde de la nature et du monde social. Il n\u2019est pas hors- monde comme l\u2019ego carte\u0301sien des deux premie\u0300res Me\u0301ditations, et il n\u2019est pas davantage, pour reprendre la formule de Michel Foucault, un \u00ab doublet empirico-transcendantal \u00bb de type kantien. Il est \u00ab au monde \u00bb dira Heidegger, \u00ab au monde \u00bb et non pas dans le monde ni hors du monde.<\/p>\n<p>Dans cette autre me\u0301taphysique qu\u2019est la phe\u0301nome\u0301nologie post-husserlienne, le transcendantal ultime, l\u2019instance dernie\u0300re qui fait qu\u2019il y a des e\u0301tants qui se phe\u0301nome\u0301nalisent, c\u2019est donc le monde \u2013 non certes le monde objectif, ni le monde he\u0301ge\u0301lien de \u00ab l\u2019Esprit (Geist) \u00bb, et pas davantage le monde rationalise\u0301, technicise\u0301 et \u00ab arraisonne\u0301 \u00bb (Heidegger). Pour la phe\u0301nome\u0301nologie le vrai transcendantal c\u2019est la puissance originelle de manifestation qui donne lieu aux phe\u0301nome\u0300nes, qui leur donne lieu d\u2019e\u0302tre et d\u2019e\u0302tre des \u00ab rayons de monde \u00bb (pour le dire avec Husserl). C\u2019est ce monde-la\u0300, e\u0301tranger a\u0300 l\u2019objectivisme comme au subjectivisme que, dans son cours de 1957 intitule\u0301 : Un renouvellement de la me\u0301taphysique est-il possible ?, Jean Wahl e\u0301voquait lorsqu\u2019il commentait le sens grec de la physis, de la \u00ab nature \u00bb comme puissance d\u2019apparition :<\/p>\n<p>\u00ab Il y a quelque chose qui est la croissance des choses, qui est l\u2019e\u0301lan, si l\u2019on veut se servir d\u2019un terme bergsonien, qui est dans les choses, au fond des choses, et qui est les choses me\u0302mes, et il y a un sentiment de transcendance qui s\u2019exprime dans le mot me\u0301ta. Mais la me\u0301taphysique ne consistera plus dans l\u2019affirmation des ide\u0301es de substance, d\u2019essence, de forme, d\u2019e\u0302tre, mais dans le sentiment tre\u0300s profond a\u0300 la fois de l\u2019immanence de la physis et de l\u2019auto-de\u0301passement de cette physis, et [dans le sentiment de cet auto-de\u0301passement] par nous qui sommes d\u2019elle, pour ainsi dire, qui sommes une partie d\u2019elle \u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\" style=\"text-align: justify;\">\n<pre>________________________<\/pre>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pierre RODRIGO, professeur \u00e9m\u00e9rite de philosophie Universit\u00e9 de Bourgogne (Dijon, France) Conf\u00e9rence \u00e0 t\u00e9l\u00e9charger ici \u00a0 Je vais commencer mon expose\u0301 comme on le fait souvent en philosophie, c\u2019est-a\u0300-dire en me demandant si ma question d\u2019aujourd\u2019hui (qui concerne le rapport &hellip; <a href=\"https:\/\/site.ac-martinique.fr\/philosophie\/?page_id=4003\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":76,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-4003","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/site.ac-martinique.fr\/philosophie\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/4003","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/site.ac-martinique.fr\/philosophie\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/site.ac-martinique.fr\/philosophie\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/site.ac-martinique.fr\/philosophie\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/76"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/site.ac-martinique.fr\/philosophie\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4003"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/site.ac-martinique.fr\/philosophie\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/4003\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4032,"href":"https:\/\/site.ac-martinique.fr\/philosophie\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/4003\/revisions\/4032"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/site.ac-martinique.fr\/philosophie\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4003"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}