{"id":4044,"date":"2024-02-05T12:26:56","date_gmt":"2024-02-05T15:26:56","guid":{"rendered":"https:\/\/site.ac-martinique.fr\/philosophie\/?page_id=4044"},"modified":"2024-02-05T16:46:21","modified_gmt":"2024-02-05T19:46:21","slug":"limage-comme-outil-metaphysique-chez-bergson","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/site.ac-martinique.fr\/philosophie\/?page_id=4044","title":{"rendered":"L&#8217;image comme outil m\u00e9taphysique chez Bergson"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Dominique Demartini, professeur agr\u00e9g\u00e9, professeur en classe pr\u00e9paratoire au lyc\u00e9e Bellevue, Fort de France<\/b><\/p>\n<p>Conf\u00e9rence \u00e0 t\u00e9l\u00e9charger <a href=\"https:\/\/site.ac-martinique.fr\/philosophie\/wp-content\/uploads\/sites\/20\/2024\/02\/Limage-comme-outil-metaphysique-chez-Bergson.pdf\">ici<\/a><b><\/b><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Je voudrais commencer cette intervention par une remarque et une question sur la langue de Bergson. La premi\u00e8re est esth\u00e9tique. La seconde est philosophique.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">La langue de Bergson est \u00e0 la fois limpide et pourvue d&#8217;une qualit\u00e9 esth\u00e9tique indiscutable. Ces deux caract\u00e9ristiques tiennent \u00e0 une utilisation particuli\u00e8re du langage que certains qualifient de po\u00e9tique tant les images y sont nombreuses.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Mais cette esth\u00e9tique a-t-elle aussi un sens philosophique ? Plus exactement : doit-on consid\u00e9rer ce style imag\u00e9 comme ce qui fait la valeur de la philosophie de Bergson ou au contraire comme une sorte de vernis litt\u00e9raire qui pourrait en quelque sorte manquer de pr\u00e9cision sp\u00e9culative ?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Les avis divergent sur la question. Ainsi d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 Paul Val\u00e9ry affirmait :<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>&#8220;La vraie valeur de la philosophie n&#8217;est que de ramener la pens\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame. Cet effort exige de celui qui veut le d\u00e9crire, et communiquer ce qui lui appara\u00eet de sa vie int\u00e9rieure, une application particuli<\/em><em>\u00e8re et m\u00eame l&#8217;invention d&#8217;une mani<\/em><em>\u00e8re de s&#8217;exprimer convenable \u00e0 ce dessein, car le langage expire \u00e0 sa propre source. C&#8217;est ici que se manifesta toute la ressource du g\u00e9nie de M. Bergson. Il osa emprunter \u00e0 <\/em><em>la Po\u00e9sie ses armes enchant\u00e9es, dont il combina le pouvoir avec la pr\u00e9cision dont un esprit nourri aux sciences exactes ne peut souffrir de s&#8217;\u00e9carter. Les images, les m\u00e9taphores les plus heureuses et les plus neuves ob\u00e9irent \u00e0 son d\u00e9sir de reconstituer dans la conscience d&#8217;autrui les d\u00e9couvertes qu&#8217;il faisait dans la sienne, et les r\u00e9sultats de ses exp\u00e9riences internes.\u00a0\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><sup><strong>[1]<\/strong><\/sup><\/a><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Paul Val\u00e9ry place l&#8217;usage bergsonien de l&#8217;image dans le cadre d&#8217;un effort constant pour susciter dans la conscience du lecteur les exp\u00e9riences int\u00e9rieures que le philosophe d\u00e9crit et \u00e9tudie. C&#8217;est parce que la philosophie de Bergson est plus intuitive que sp\u00e9culative, parce qu&#8217;elle est plus un travail de description que de construction d&#8217;un syst\u00e8me que la langue y demande \u00e0 \u00eatre travaill\u00e9e de mani\u00e8re particuli\u00e8re. On voit d\u00e8s lors se former deux lignes de r\u00e9flexions successives.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">La premi\u00e8re consiste \u00e0 expliquer en quoi la philosophie de Bergson est intuitive et suppose, non seulement une tentative de traduction langagi\u00e8re des exp\u00e9riences int\u00e9rieures, mais aussi un effort constant pour permettre au lecteur de ressaisir en lui-m\u00eame la r\u00e9alit\u00e9 de ces exp\u00e9riences. En d&#8217;autres termes : elle articule une analyse de l&#8217;intuition comme m\u00e9thode \u00e0 une \u00e9tude du r\u00f4le d\u2019outil qu&#8217;exige cette m\u00e9thode de l&#8217;usage de la langue.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">La deuxi\u00e8me revient \u00e0 montrer que, paradoxalement, cet outil est \u00e0 la fois privil\u00e9gi\u00e9 et particuli\u00e8rement inadapt\u00e9 pour parler des \u00e9tats internes. Privil\u00e9gi\u00e9 parce qu&#8217;il est l&#8217;outil de communication et de description le plus efficace dont nous disposions, inadapt\u00e9 parce qu&#8217;il alt\u00e8re l&#8217;impression originale en m\u00eame temps qu&#8217;il tente de la d\u00e9crire. Bergson \u00e9crit ainsi<a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn2\" name=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> : <em>&#8220;Nous tendons instinctivement \u00e0 solidifier nos impressions, pour les exprimer par le langage.&#8221;<\/em> Et un peu plus loin il rajoute :<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>&#8220;Non seulement le langage nous fait croire \u00e0 <\/em><em>l&#8217;invariabilit\u00e9 de nos sensations, mais il nous trompera parfois sur le caract<\/em><em>\u00e8re de la sensation \u00e9prouv\u00e9e (&#8230;) Bref, le mot aux contours bien arr\u00eat\u00e9s, le mot brutal, qui emmagasine ce qu&#8217;il y a de stable, de commun et par cons\u00e9quent d&#8217;impersonnel dans les impressions de l&#8217;humanit\u00e9, \u00e9crase ou tout au moins recouvre les impressions d\u00e9licates et fugitives de notre conscience individuelle. <\/em><em>Pour lutter \u00e0 armes \u00e9gales, celles-ci devraient s&#8217;exprimer par des mots pr\u00e9cis : mais ces mots, \u00e0 peine form\u00e9s, se retourneraient contre la sensation qui leur donna naissance, et invent\u00e9s pour t\u00e9moigner que la sensation est instable, ils lui imposeraient leur propre stabilit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Cette difficult\u00e9, reconnue par Bergson lui-m\u00eame a conduit \u00e0 de s\u00e9rieuses critiques du bergsonisme.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Ainsi, \u00e0 l\u2019inverse de Paul Val\u00e9ry, Jacques Taminiaux \u00e9crivait :<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0La philosophie pr\u00e9sente s&#8217;abreuve \u00e0 d&#8217;autres sources. En tant que syst<\/em><em>\u00e8me &#8211; et, malgr\u00e9 les interdits bergsoniens, il faut bien parler de syst<\/em><em>\u00e8me -, le bergsonisme a \u00e9t\u00e9 soumis depuis longtemps \u00e0 des critiques irr\u00e9versibles. Son \u00e9pist\u00e9mologie est psychologiste et sa th\u00e9orie du langage-outil ruine le fondement m\u00eame du discours rationnel ; sa psychologie est r\u00e9ifiante et m\u00e9conna\u00eet l&#8217;intentionnalit\u00e9 de la conscience ; sa m\u00e9taphysique est, quoi qu&#8217;elle en ait, asservie \u00e0 la science et ignore d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment la question de l\u2019\u00eatre.\u00a0\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn3\" name=\"_ftnref3\"><sup><strong>[3]<\/strong><\/sup><\/a><\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Autrement dit, ce qui, pour P. Val\u00e9ry est \u00e0 mettre au compte du g\u00e9nie de Bergson rel\u00e8ve pour J. Taminiaux d\u2019une faiblesse syst\u00e9mique. Pour l\u2019un, Bergson a non seulement mesurer les limites du langage mais il a trouv\u00e9 un moyen de mettre la langue au service de la philosophie. Pour l\u2019autre, c\u2019est l\u2019inverse : <em>\u00ab\u00a0la th\u00e9orie du langage-outil ruine le fondement m\u00eame du discours rationnel.\u00a0\u00bb <\/em>Il faut comprendre par l\u00e0 que rien, pas m\u00eame le recours \u00e0 une langue \u00ab\u00a0po\u00e9tique\u00a0\u00bb, ne peut sortir la pens\u00e9e bergsonienne du pi\u00e8ge dans lequel elle s\u2019est fourr\u00e9e toute seule. En r\u00e9duisant le langage \u00e0 un outil de communication de ce qui est utile \u00e0 l\u2019action la pens\u00e9e bergsonienne s\u2019entrave elle-m\u00eame : elle n\u2019a plus le choix qu\u2019entre une langue structur\u00e9e incapable de penser autre chose que l\u2019utile et une langue po\u00e9tique incapable de rigueur rationnelle.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Pour sortir de l\u2019impasse il faut au revenir aux textes de Bergson et, tout particuli\u00e8rement, \u00e0 la mani\u00e8re dont il s\u2019est d\u00e9fendu des critiques.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Dans un texte du 2 mai 1901<a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn4\" name=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> il r\u00e9pond aux critiques de son ami Gustave Belot. Ce dernier d\u00e9veloppe tout un argumentaire contre la th\u00e8se \u00ab\u00a0non-parall\u00e9liste\u00a0\u00bb de Bergson.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">On y trouve cette remarque :<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0M. Bergson excelle \u00e0 nous faire voir ainsi ce qu&#8217;il voit lui-m\u00eame, et \u00e0 nous amener \u00e0 <\/em><em>sa pens\u00e9e par suggestion alors que, d<\/em><em>\u00e8s que nous avons pu rompre le charme, nous souhaiterions de nous la voir imposer par des preuves. Nous pourrons, au nom de la critique scientifique, nous d\u00e9fier \u00e0 bon droit d&#8217;une intuition qui au lieu d&#8217;\u00eatre la contre-\u00e9preuve et le contr\u00f4le de la doctrine risque d&#8217;en \u00eatre le produit.\u00a0\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn5\" name=\"_ftnref5\"><sup><strong>[5]<\/strong><\/sup><\/a><\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Et il conclut :<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Ainsi, en r\u00e9sum\u00e9, je ne vois ni la possibilit\u00e9, surtout dans la doctrine en cause, d&#8217;\u00e9tablir empiriquement l&#8217;\u00e9cart psycho-physique et son \u00e9tendue exacte, \u2014 <\/em><em>ni la possibilit\u00e9 de fonder sur une telle constatation une m\u00e9thode m\u00e9taphysique vraiment nouvelle, capable de certitude positive et de progr<\/em><em>\u00e8s ind\u00e9<\/em><em>finis, \u2014 ni enfin la possibilit\u00e9 de se passer d&#8217;une hypoth<\/em><em>\u00e8se m\u00e9taphysique pr\u00e9alable pour obtenir l&#8217;interpr\u00e9tation philosophique de cet \u00e9cart, ni par cons\u00e9quent la possibilit\u00e9 d&#8217;en d\u00e9duire avec certitude la signification de la vie.\u00a0\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn6\" name=\"_ftnref6\"><sup><strong>[6]<\/strong><\/sup><\/a><\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Bergson r\u00e9pond :<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Ces objections paraissaient porter sur la m\u00e9thode g\u00e9n\u00e9rale que je propose plut\u00f4t que sur les applications particuli<\/em><em>\u00e8res que j&#8217;ai tent\u00e9 d&#8217;en faire ou sur les r\u00e9sultats o<\/em><em>\u00f9 elle m&#8217;a conduit. J&#8217;aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 que la discussion se maintint sur ce terrain. Je crois \u00e0 la grande efficacit\u00e9 de la m\u00e9thode ; je ne voudrais pas qu&#8217;on la juge\u00e2t sur les r\u00e9sultats incomplets et imparfaits qu&#8217;un chercheur isol\u00e9 a pu tirer d\u2019<\/em><em>elle.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Et il \u00e9crira 35 ans plus tard \u00e0 Spearmann :<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, les erreurs commises dans l\u2019interpr\u00e9tation de mes vues sont venues surtout d\u2019une incompr\u00e9hension de la m\u00e9thode suivie.\u00a0\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn7\" name=\"_ftnref7\"><sup><strong>[7]<\/strong><\/sup><\/a><\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Bergson a souligner \u00e0 de tr\u00e8s nombreuses reprises que l\u2019essentiel de son travail tenait \u00e0 sa m\u00e9thode. La premi\u00e8re oeuvre qui remonte r\u00e9solument \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de proposer une nouvelle m\u00e9thode de pens\u00e9e est <u>L\u2019\u00e9volution cr\u00e9atrice<\/u>(1907). Il y annonce clairement que :<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Aussi le pr\u00e9sent essai ne vise-t-il pas \u00e0 r\u00e9soudre tout d&#8217;un coup les plus grands probl<\/em><em>\u00e8mes. Il voudrait simplement d\u00e9finir la m\u00e9thode et faire entrevoir, sur quelques points essentiels, la possibilit\u00e9 de l\u2019appliquer.<\/em><em>\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn8\" name=\"_ftnref8\"><sup><strong>[8]<\/strong><\/sup><\/a><\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Quelle est donc exactement cette m\u00e9thode ? En quel sens est-elle indispensable \u00e0 la m\u00e9taphysique ? En quoi \u00e9chappe-t-elle aux critiques \u00e9voqu\u00e9es plus haut ?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong>I M\u00e9thode et m\u00e9taphysique du flux<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Bergson \u00e9crit dans <u>Mati\u00e8re et m\u00e9moire<\/u>, p. 205 :<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>(\u2026) si la m\u00e9taphysique n&#8217;est qu\u2019une construction, il y a plusieurs m\u00e9taphysiques \u00e9galement vraisemblables, qui se r\u00e9futent par cons\u00e9quent les unes les autres, et le dernier mot restera \u00e0 une philosophie critique, qui tient toute connaissance pour relative et le fond des choses pour inaccessible \u00e0 l\u2019esprit.\u00a0\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn9\" name=\"_ftnref9\"><sup><strong>[9]<\/strong><\/sup><\/a><\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Ces propos appellent plusieurs remarques.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">La premi\u00e8re est que la m\u00e9taphysique n\u2019\u00e9tant qu\u2019une construction elle ob\u00e9it aux r\u00e8gles que cette image nous impose : celles d\u2019une structure qui a une fondation solide et dont l\u2019organisation interne ob\u00e9it \u00e0 des lois qu\u2019il convient de respecter pour que l\u2019\u00e9difice tienne debout. La seconde est que l\u2019architecte a le choix. Il peut construire selon tel ou tel plan. Dans le passage qui nous occupe Bergson envisage deux possibilit\u00e9s : \u00ab\u00a0empirisme\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0dogmatisme\u00a0\u00bb. Les deux sont des \u00e9difices construits \u00e0 partir du m\u00eame mat\u00e9riau : des \u00ab\u00a0ph\u00e9nom\u00e8nes reconstitu\u00e9s\u00a0\u00bb (p. 320 du Centenaire, p. 204). Autant dire qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un mat\u00e9riau fragment\u00e9 en morceaux, un peu comme des briques, c\u2019est-\u00e0-dire comme une mati\u00e8re fluide et continue qu\u2019on aurait fragment\u00e9e, s\u00e9ch\u00e9e et solidifi\u00e9e. Ce flux c\u2019est, nous dit Bergson, \u00ab\u00a0l\u2019intuition pure\u00a0\u00bb (p. 319 C, p. 203) que nous \u00ab\u00a0fractionnons en \u00e9l\u00e9ments juxtapos\u00e9s, qui r\u00e9pondent, ici \u00e0 des <em>mots<\/em> distincts, l\u00e0 \u00e0 des <em>objets ind\u00e9pendants.\u00a0\u00bb <\/em>(319 C, 203-204)<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">De l\u00e0 ma derni\u00e8re remarque : la m\u00e9taphysique est pens\u00e9e \u00e0 partir d\u2019images que le lecteur s\u2019approprie et qu\u2019il peut lui-m\u00eame manipuler pour comprendre la difficult\u00e9 pos\u00e9e par la m\u00e9taphysique. Nous la pensons comme une structure dont le fondement est n\u00e9cessairement ferme, premier et dont la mati\u00e8re n\u2019est rien d\u2019autre que notre intuition dess\u00e9ch\u00e9e et fragment\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Il y a l\u00e0 pour Bergson deux incons\u00e9quences qui rel\u00e8vent en r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une m\u00eame erreur : le mat\u00e9riau et le sol sont per\u00e7us comme premiers alors qu\u2019ils sont l\u2019un et l\u2019autre le r\u00e9sultat d\u2019un processus. C\u2019est pourquoi, dit-il, <em>\u00ab\u00a0il y aurait une derni\u00e8re entreprise \u00e0 tenter. Ce serait d\u2019aller chercher l\u2019exp\u00e9rience \u00e0 sa source, ou plut\u00f4t au-dessus de ce <\/em>tournant<em>d\u00e9cisif o\u00f9, s\u2019infl\u00e9chissant dans le sens de notre utilit\u00e9, elle devient proprement l\u2019exp\u00e9rience <\/em>humaine<em>.\u00a0\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn10\" name=\"_ftnref10\"><sup><strong>[10]<\/strong><\/sup><\/a><\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Et il ajoute :<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0L&#8217;impuissance de la raison sp\u00e9culative, telle que Kant l&#8217;a d\u00e9montr\u00e9e, n&#8217;est peut-\u00eatre, au fond, que l&#8217;impuissance d&#8217;une intelligence asservie \u00e0 certaines n\u00e9<\/em><em>cessit\u00e9s de la vie corporelle et s&#8217;exer\u00e7ant sur une mati<\/em><em>\u00e8re qu&#8217;il a fallu d\u00e9sorganiser pour la satisfaction de nos besoins. Notre connaissance des choses ne serait plus alors relative \u00e0 la structure fondamentale de notre esprit, mais seulement \u00e0 ses habitudes superficielles et acquises, \u00e0 la forme contingente qu&#8217;il tient de nos fonctions corporelles et de nos besoins inf\u00e9rieurs.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>La relativit\u00e9 de la connaissance ne serait donc pas d\u00e9finitive. En d\u00e9faisant ce que ces besoins ont fait, nous r\u00e9tablirions l&#8217;intuition dans sa puret\u00e9 premi<\/em><em>\u00e8re et nous reprendrions contact avec le r\u00e9<\/em><em>el.\u00a0\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn11\" name=\"_ftnref11\"><sup><strong>[11]<\/strong><\/sup><\/a><\/em><\/p>\n<div>\n<p class=\"Corps\" style=\"text-align: justify;\">Commen\u00e7ons par rappeler ce que signifie pour Bergson <i>\u00ab\u00a0aller chercher l\u2019exp\u00e9rience \u00e0 sa source\u00a0\u00bb<\/i>. C\u2019est d\u2019une plong\u00e9e au c\u0153ur de notre conscience qu\u2019il est ici question. Plus exactement il s\u2019agit de ce que Bergson appelle aussi l\u2019intuition\u00a0: l\u2019\u00e9preuve de notre flux de conscience avant le moment o\u00f9 il se retrouve structur\u00e9 par les exigences pratiques de la vie. Pour Bergson, cette conscience d\u2019avant l\u2019action utile est exp\u00e9rience de la dur\u00e9e <i>pure<\/i>. Pure parce qu\u2019elle ne fait pas encore les frais de notre tendance \u00e0 tout sch\u00e9matiser, \u00e0 tout spatialiser pour mieux agir efficacement. Mais comment parvient-on \u00e0 cette intuition de la dur\u00e9e pure ? Ou plut\u00f4t comment <span class=\"Aucun\"><i>d\u00e9faire ce que les besoins ont fait<\/i><\/span> ? Comment penser le processus en de\u00e7\u00e0 de tout processus ?<\/p>\n<\/div>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">La r\u00e9ponse de Bergson passe par une image port\u00e9e par un simple mot, en italique dans le texte : celle du <em>tournant<\/em> au dessus duquel il faut se tenir. Ce <em>tournant<\/em> c\u2019est celui de l\u2019exp\u00e9rience qui \u00ab\u00a0passe\u00a0\u00bb, c\u2019est le verbe qu\u2019utilise Bergson, de l\u2019<em>imm\u00e9diat<\/em> \u00e0 l\u2019<em>utile<\/em>. Apr\u00e8s le tournant l\u2019exp\u00e9rience est prise dans le processus de fragmentation qui va produire les briques homog\u00e8nes des \u00e9difices m\u00e9taphysiques classiques. En de\u00e7\u00e0 du tournant l\u2019intuition est pure, le flux est vif et h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne. On dira que tout ceci n\u2019est qu\u2019images et qu\u2019il faut bien en d\u00e9gager le sens philosophique dans une langue rigoureuse. Ne risque-t-on pas sinon de donner raison aux critiques de Bergson que nous citions plus haut (Taminiaux surtout) ? Et, du reste, comment Bergson lui-m\u00eame se sort-il de la difficult\u00e9 dans le texte ? Comment nous fait-il comprendre ce qu\u2019est ce fameux <em>tournant<\/em> ?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Eh bien\u2026 par une image, math\u00e9matique cette fois :<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0En ce sens, la t\u00e2che du philosophe, telle que nous l\u2019entendons, ressemble beaucoup \u00e0 celle du math\u00e9maticien qui d\u00e9termine une fonction en partant de la diff\u00e9rentielle. La d\u00e9marche extr\u00eame de la recherche philosophique est un v\u00e9ritable travail d\u2019int\u00e9gration.\u00a0\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn12\" name=\"_ftnref12\"><sup><strong>[12]<\/strong><\/sup><\/a><\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Pour rappel : le calcul diff\u00e9rentiel \u00e9tudie les variations locales des fonctions. C\u2019est l\u2019un des deux domaines traditionnels de l\u2019analyse des fonctions, l\u2019autre \u00e9tant le calcul int\u00e9gral, utilis\u00e9 notamment pour calculer l\u2019aire sous une courbe. Quel rapport avec une philosophie qui saisirait l\u2019exp\u00e9rience en de\u00e7\u00e0 du <em>tournant<\/em> qui la voit virer de l\u2019<em>imm\u00e9diat<\/em> \u00e0 l\u2019<em>utile <\/em>?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Premi\u00e8re remarque sur la m\u00e9thode suivie par Bergson : il passe d\u2019une image \u00e0 l\u2019autre. D\u2019abord du <em>tournant<\/em> au calcul diff\u00e9rentiel puis, subrepticement, du calcul diff\u00e9rentiel \u00e0 l\u2019int\u00e9gration.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Deuxi\u00e8me remarque : il ne s\u2019agit pas tant d\u2019une comparaison par image que d\u2019une analogie : <em>\u00ab\u00a0la d\u00e9marche extr\u00eame de la recherche philosophique\u00a0\u00bb<\/em> est au philosophe ce que le calcul diff\u00e9rentiel et le calcul int\u00e9gral sont au math\u00e9maticien. Analogie \u00e9trange puisque qu\u2019elle relie <em>une <\/em>d\u00e9marche philosophique \u00e0 <em>deux<\/em> calculs. Pour quelle raison ?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">La calcul diff\u00e9rentiel \u00e9tudie des variations. Autrement dit il cherche \u00e0 saisir du mouvant, du changeant, comme le philosophe qui cherche \u00e0 saisir le plus rigoureusement possible le flux de l\u2019intuition pure. La calcul int\u00e9gral, lui, est utilis\u00e9 pour calculer l\u2019aire sous une courbe. Autrement dit il cherche \u00e0 saisir une valeur qui nous semble de prime abord tr\u00e8s difficile \u00e0 calculer parce qu\u2019elle n\u2019est pas celle d\u2019une forme r\u00e9guli\u00e8re, d\u2019une figure (carr\u00e9, triangle etc.) dont nous connaissons l\u2019aire gr\u00e2ce \u00e0 une formule simple. Il nous permet en quelque sorte de saisir ce qui se cache <em>sous<\/em> la courbe c\u2019est-\u00e0-dire <em>en de\u00e7\u00e0<\/em> du <em>tournant<\/em>.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">En passant d\u2019une image \u00e0 l\u2019autre Bergson ne recourt pas \u00e0 une langue po\u00e9tique. Il pense rigoureusement,\u00a0 et en m\u00eame temps, deux choses : la difficult\u00e9 \u00e0 penser et ce qu\u2019il y a \u00e0 penser, l\u2019obstacle \u00e0 surmonter par la m\u00e9thode et ce que la m\u00e9thode doit permettre de penser (l\u2019intuition pure). C\u2019est l\u00e0 que se joue le lien \u00e9troit entre image et m\u00e9taphysique. Et c\u2019est l\u00e0 que Bergson prend \u00e0 contre-pied toute la m\u00e9taphysique classique.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Qu\u2019est-ce \u00e0 dire ?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Les m\u00e9taphysiques classiques cherchent \u00e0 mettre en \u00e9vidence les principes de la connaissance.\u00a0 Descartes affirme dans le <u>Discours de la m\u00e9thode<\/u> qu\u2019il veut <em>\u00ab\u00a0b\u00e2tir dans un fonds qui est tout \u00e0 soi\u00a0\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn13\" name=\"_ftnref13\"><sup><strong>[13]<\/strong><\/sup><\/a><\/em> et plus loin, dans la troisi\u00e8me partie, il se laisse aller lui-aussi \u00e0 l\u2019utilisation d\u2019image :\u00a0 <em>\u00ab\u00a0Tout mon dessein ne tendait qu\u2019\u00e0 m\u2019assurer et \u00e0 rejeter la terre mouvante et le sable pour trouver le roc ou l\u2019argile\u00a0\u00bb<\/em><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn14\" name=\"_ftnref14\"><sup>[14]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Bergson, lui, pr\u00e9f\u00e8re quitter le roc pour penser le mouvant. Il ouvre ainsi la voie \u00e0 une m\u00e9taphysique sans principe. Mais comment philosopher sans point stable ? Comment d\u00e9ployer une m\u00e9taphysique si la r\u00e9alit\u00e9 mouvante fuit l\u2019effort de la pens\u00e9e ? Comment transporter la m\u00e9taphysique ailleurs que sur un sol ferme et assur\u00e9 ?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Ce qu\u2019il y a d\u2019\u00e9tonnant dans la d\u00e9marche de Bergson c\u2019est, qu\u2019en un sens, il met en oeuvre une m\u00e9thode qui s\u2019interdit de b\u00e2tir. Pas de sol permettant d\u2019appuyer les fondations sur \u00ab\u00a0le roc ou l\u2019argile\u00a0\u00bb. Pas non plus de mat\u00e9riau pr\u00e9con\u00e7u et pr\u00e9fabriqu\u00e9 pour la construction de l\u2019\u00e9difice. En clair, en d\u00e9pla\u00e7ant la m\u00e9taphysique dans un milieu mouvant Bergson en modifie le sens. Si l\u2019entreprise initiale de la m\u00e9taphysique fut depuis toujours de \u00ab\u00a0fonder\u00a0\u00bb, avec Bergson il va surtout s\u2019agir de se passer de fondement.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00c9videmment, on se demande tout de suite comment cela peut-\u00eatre possible. Mais la question la plus importante ici est plut\u00f4t : pourquoi se passer du fondement ? La r\u00e9ponse a quelque chose de paradoxal : un fondement solide ne peut jamais \u00eatre premier. Il est toujours le r\u00e9sultat d\u2019une solidification. En clair : penser qu\u2019une philosophie premi\u00e8re doit \u00eatre fond\u00e9e sur du roc, c\u2019est ne pas voir que le roc est toujours de la lave solidifi\u00e9e. Il n\u2019est pas le point origine, la base in\u00e9branlable en de\u00e7\u00e0 de laquelle il n\u2019y a rien. Alors comment faire ?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">On voit bien comment les choses se passent dans les sciences : quand elles s\u2019efforcent de saisir la mobilit\u00e9 du r\u00e9el elles ne parviennent \u00e0 en extraire que ce que repr\u00e9sentent les symboles conventionnels par lesquels s\u2019op\u00e8re leur entreprise de solidification. Pour autant, et contrairement \u00e0 ce dont l\u2019accusent nombre de ses d\u00e9tracteurs, Bergson n\u2019entend pas du tout tourner le dos aux sciences. Il faut bien engager la pens\u00e9e philosophique \u00e0 partir du sol que les sciences nous offrent. Mais ce n\u2019est pas tant en prenant appui sur lui pour b\u00e2tir qu\u2019en appuyant dessus pour le faire craquer et atteindre la r\u00e9alit\u00e9 mouvante qui se cache dessous. \u00c0 ce titre, Bergson n\u2019est pas plus kantien que cart\u00e9sien. Qu\u2019on pense \u00e0 ce passage de la <u>Critique de la raison pure<\/u> o\u00f9 Kant \u00e9crit :<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Jusqu\u2019ici nous n\u2019avons pas seulement parcouru le pays de l\u2019entendement pur, en examinant chaque partie avec soin\u00a0; nous l\u2019avons aussi mesur\u00e9, et nous avons assign\u00e9 \u00e0 chaque chose sa place. Mais ce pays est une \u00eele que la nature elle-m\u00eame a renferm\u00e9e dans des bornes immuables.\u00a0 C\u2019est le pays de la v\u00e9rit\u00e9 (mot flatteur), environn\u00e9 d\u2019un vaste et orageux oc\u00e9<\/em><em>an, empire de l\u2019illusion, o<\/em><em>\u00f9, au milieu du brouillard, maint banc de glace, qui dispara\u00eetra <\/em><em>bient\u00f4t, pr\u00e9<\/em><em>sente l\u2019image\u00a0 trompeuse d\u2019un pays nouveau, et attire par de vaines apparences le navigateur vagabond qui cherche de nouvelles terres et s\u2019engage en des exp\u00e9ditions p\u00e9rilleuses auxquelles il ne peut renoncer, mais dont il n\u2019atteindra jamais le but.\u00a0\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn15\" name=\"_ftnref15\"><sup><strong>[15]<\/strong><\/sup><\/a><\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Ce pays de l\u2019entendement n\u2019a pas de contr\u00e9es voisines. Il est fondamentalement insulaire et encercl\u00e9 par l\u2019empire de l\u2019illusion. Il est pour Kant la seule terre ferme envisageable. Mais pour Bergson il n\u2019est ni une terre ferme solide, ni ce qui nous s\u00e9pare de l\u2019illusion. C\u2019est m\u00eame l\u2019inverse. Nous nous illusionnons \u00e0 consid\u00e9rer comme une \u00eele ce qui n\u2019est somme toute qu\u2019un iceberg en train de fondre. Autrement dit, puisqu\u2019il n\u2019y a pas de sol qui ne soit issu d\u2019une solidification, la m\u00e9taphysique ne peut que s\u2019enfoncer, s\u2019immerger. Et Bergson le sugg\u00e8re, dans <u>L\u2019\u00e9volution cr\u00e9atrice<\/u>, \u00e0 grand renfort d\u2019images emprunt\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9ment liquide : \u00ab\u00a0jet de vapeur\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0fluide\u00a0\u00bb, \u00ab oc\u00e9an de vie\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0gerbe\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0onde immense\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0vague\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0flot\u00a0\u00bb etc.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Il oppose au caract\u00e8re statique de la terre dont l\u2019apparente fermet\u00e9 fournit un mod\u00e8le pour la construction des concepts, le caract\u00e8re dynamique des images de l\u2019eau mais aussi de l\u2019air et du feu.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">L\u2019image est bien <em>\u00ab\u00a0emprunt\u00e9e au monde physique\u00a0\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn16\" name=\"_ftnref16\"><sup><strong>[16]<\/strong><\/sup><\/a><\/em>, comme les concepts. Mais ces derniers ne restituent de la r\u00e9alit\u00e9 que ce qui s\u2019en laisse saisir par notre intelligence : le solide. Les images en revanche <em>sugg\u00e8rent<\/em> ce qui \u00e9chappe au premier. Donc on pourrait dire que l\u00e0 o\u00f9 le concept emprunte \u00e0 la mati\u00e8re sa solidit\u00e9 tout en occultant sa provenance, l\u2019image cherche dans la mati\u00e8re elle-m\u00eame de quoi la d\u00e9passer pour s\u2019enfoncer vers le fond obscur et immat\u00e9riel de l\u2019intuition. Comment y parvient-elle ? Comment l\u2019image peut constituer un mode de pens\u00e9e philosophique ? Bref, comment penser l\u2019image comme outil m\u00e9taphysique pour penser la m\u00e9taphysique par l\u2019image ?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong>II L\u2019image comme m\u00e9thode<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Les exemples d\u2019images bergsoniennes dont nous venons de parler nous ont d\u00e9j\u00e0 appris plusieurs choses sur la m\u00e9thode : elle n\u2019entend s\u2019appuyer sur aucun fondement solide, elle ne recours pas aux images comme \u00e0 des moyens ad\u00e9quats pour \u00ab\u00a0faire voir\u00a0\u00bb mais comme \u00e0 des \u00e9l\u00e9ments qui se corrigent l\u2019un l\u2019autre pour reconduire la pens\u00e9e \u00e0 l\u2019intuition.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Reste maintenant \u00e0 voir si cette m\u00e9thode peut \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e de mani\u00e8re plus formelle, plus structur\u00e9e en quelque sorte.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Et pour commencer, comment Bergson en parle-t-il lui-m\u00eame ?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Nous nous r\u00e9f\u00e9rerons ici \u00e0 un texte publi\u00e9 en 1951 et qui n\u2019est pas tout \u00e0 fait de Bergson : un passage de l\u2019ouvrage <u>La dialectique des images chez Bergson<\/u><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn17\" name=\"_ftnref17\"><sup>[17]<\/sup><\/a> de Lydie Adolphe. Elle y restitue un entretien, in\u00e9dit \u00e0 l\u2019\u00e9poque, que Bergson lui avait accord\u00e9 :<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>Bergson parle.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>\u00ab On m&#8217;a toujours demand\u00e9 ce que j&#8217;\u00e9tais en train de faire.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>\u00ab Quand je commence un travail nouveau, c&#8217;est que j&#8217;ai rencontr\u00e9 dans le travail pr\u00e9c\u00e9dent une difficult\u00e9. Je sais que je suis dans le vrai pour telle chose, mais&#8230; je voudrais bien savoir ce qui se passe ici (le philosophe montre un point pr\u00e9cis, de sa main malade). Je le laisse de c\u00f4t\u00e9 provisoirement : quand ce sera fini, je reviendrai, je t\u00e2cherai d&#8217;\u00e9lucider ce point (il hoche la t\u00eate d&#8217;un air d\u00e9<\/em><em>cid<\/em><em>\u00e9).<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>\u00ab Je n&#8217;arrive pas \u00e0 formuler la difficult\u00e9 : c&#8217;est un trou noir.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>Il devient pour moi un centre : il y a l\u00e0 quelque chose de noir qu&#8217;il faut \u00e9clairer ! Je fais le tour de ce point noir. Je d\u00e9cris autour de lui une circonf\u00e9rence, en visant le trou qui est au centre, des diff\u00e9rents points de la circonf\u00e9rence. Ces points sont des points de d\u00e9part pour des \u00e9<\/em><em>tudes.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>\u00ab Quelquefois je me trompe. Je consacre des mois \u00e0 des recherches avant de m&#8217;apercevoir que je fais fausse route : il y a de ce point quelque chose \u00e0 trouver, mais qui n&#8217;a pas de rapport avec la difficult\u00e9 sp\u00e9ciale dont je cherche la formule. Mais ce cas est exceptionnel.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>\u00ab La plupart du temps, les voies que je suis tour \u00e0 tour sont bien des voies qui aboutissent ; elles sont les \u00e9tudes successives o<\/em><em>\u00f9 <\/em><em>je m&#8217;engage. <\/em><em>\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>(\u2026)<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>Il en a \u00e9t\u00e9 de m\u00eame pour <u>L\u2019\u00e9volution cr\u00e9atrice<\/u>. Quelle attitude prendre \u00e0 l&#8217;\u00e9<\/em><em>gard de Darwin? <\/em><em>\u00ab Il fallait reprendre les choses ab ovo, en faisant table rase des conceptions re\u00e7<\/em><em>ues. Qu&#8217;<\/em><em>\u00e9tait l&#8217;\u00e9lan vital <\/em><em>? <\/em><strong><em>On crut que c&#8217;\u00e9tait une m\u00e9taphore po\u00e9tique&#8230;!<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>Il est certain que, assez souvent, quand je cherche \u00e0 poser le probl<\/em><em>\u00e8<\/em><em>me, je trouve qu&#8217;il a \u00e9t\u00e9 pos\u00e9 d\u00e9j\u00e0<\/em><em>, mais de mani<\/em><em>\u00e8<\/em><em>re \u00e0 admettre deux solutions \u00e9galement possibles. Cela tient \u00e0 ce que, pour donner une id\u00e9e de l&#8217;objet, on a cherch\u00e9 une cat\u00e9gorie o<\/em><em>\u00f9 <\/em><em>le ranger, on a pris un des concepts usuels qui puissent contenir l&#8217;objet tant bien que mal. Il faut au contraire \u00e9carter les deux conceptions, trouver le point o<\/em><em>\u00f9 <\/em><em>se placer pour viser, le d\u00e9terminer, puis permettre \u00e0 d&#8217;autres de s&#8217;y placer \u00e0 leur tour.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>Si ce n&#8217;est pas un concept, c&#8217;est une image ; ce n&#8217;est pas un ornement, c&#8217;est une suggestion de repr\u00e9sentations qui, pour \u00eatre f\u00e9condes, doivent sugg\u00e9rer des recherches. <\/em><em>\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>Pour retrouver la gen<\/em><em>\u00e8<\/em><em>se de la chose, il ne s&#8217;agit pas de faire une \u00ab <\/em><em>synth<\/em><em>\u00e8<\/em><em>se <\/em><em>\u00bb<\/em><em>, car elle suppose une juxtaposition de vues s\u00e9par\u00e9<\/em><em>es. <\/em><em>\u00ab Ici, il y a une sorte d&#8217;emm\u00ealement pour arriver \u00e0 <\/em><em>l&#8217;unit<\/em><em>\u00e9, c&#8217;est-\u00e0-dire au centre du trou, autrefois noir. <\/em><em>\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>Qu&#8217;est donc l&#8217;\u00e9lan vital, par exemple ? \u00ab C&#8217;est une image qui repr\u00e9<\/em><em>sente un <\/em><em>\u00e9<\/em><em>lan, l&#8217;<\/em><em>\u00e9lan d&#8217;un sauteur qui se lance sur un tremplin pour sauter. Rien n&#8217;est plus pr\u00e9cis que cette image.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Tout est image dans ce texte : la difficult\u00e9 elle-m\u00eame (le trou noir), l\u2019effort pour cerner le probl\u00e8me (le tour du point noir qui permet de le circonscrire), les points de d\u00e9part d\u2019\u00e9tudes \u00e0 venir (les points de la circonf\u00e9rence \u00e0 partir desquels on vise le centre du trou) et finalement la solution (par exemple : l\u2019image de l\u2019\u00e9lan vital).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Mais le plus int\u00e9ressant ce sont les remarques de Bergson sur l\u2019image : ce n\u2019est ni une <em>\u00ab\u00a0m\u00e9taphore po\u00e9tique\u00a0\u00bb ( <\/em>un \u00ab\u00a0ornement\u00a0\u00bb ), ni un \u00ab\u00a0concept\u00a0\u00bb. C\u2019est une <em>\u00ab\u00a0suggestion de repr\u00e9sentations qui, pour \u00eatre f\u00e9condes, doivent sugg\u00e9rer des recherches.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Il y a au moins deux remarques \u00e0 tirer de ces propos.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">La premi\u00e8re est que l\u2019image est pur dynamisme. Elle n\u2019est pas une photo fig\u00e9e mais un mouvement, un <em>\u00ab\u00a0emm\u00ealement\u00a0\u00bb<\/em> dit Bergson, pour <em>\u00ab\u00a0arriver \u00e0 l\u2019unit\u00e9\u00a0\u00bb. <\/em>Lorsque Bergson multiplie les images il ne peut donc jamais s\u2019agir d\u2019une juxtaposition. Elles ne sont pas les briques de la m\u00e9taphysique bergsonnienne comme les concepts \u00e9taient les briques des m\u00e9taphysiques classiques. Elles sont plut\u00f4t les couleurs qui en se m\u00e9langeant sans se fondre nous restituent une \u00e9quivalence du flux h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne de la dur\u00e9e v\u00e9cue.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">La deuxi\u00e8me remarque porte sur l\u2019id\u00e9e que l\u2019image sert la recherche. Mais la recherche de qui ?\u00a0 Du philosophe \u00e0 qui elle permet de formuler les probl\u00e8mes et de les traiter ou de son lecteur \u00e0 qui l\u2019image est finalement destin\u00e9e ?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">On sait que Bergson distingue deux types d\u2019images.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Il y a les images que le philosophe propose \u00e0 autrui pour l\u2019aider \u00e0 comprendre le d\u00e9veloppement de sa pens\u00e9e. C\u2019est ce qu\u2019il fait avec Lydie Adolphe en lui parlant du \u00ab trou noir \u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Et puis il y a l\u2019image \u00ab\u00a0m\u00e9diatrice\u00a0\u00bb dont Bergson nous dit dans l\u2019<u>Introduction \u00e0 la m\u00e9taphysique<\/u> qu\u2019elle est <em>\u00ab\u00a0voisine de l\u2019intuition, dont le philosophe peut avoir besoin pour lui-m\u00eame, et qui reste souvent inexprim\u00e9e\u00a0\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn18\" name=\"_ftnref18\"><sup><strong>[18]<\/strong><\/sup><\/a>. <\/em>C\u2019est dans <u>L\u2019intuition philosophique<\/u> qu\u2019il traite de cette seconde image. Elle est, nous dit-il, <em>\u00ab\u00a0une certaine image interm\u00e9diaire entre la simplicit\u00e9 de l&#8217;intuition concr<\/em><em>\u00e8te et la complexit\u00e9 des abstractions qui la traduisent, image fuyante et \u00e9vanouissante, qui hante, inaper\u00e7ue peut-\u00eatre, l\u2019esprit du philosophe, qui le suit comme son ombre \u00e0 travers les tours et\u00a0 d\u00e9tours de sa pens\u00e9e, et qui, si elle n&#8217;est pas l&#8217;intuition m\u00eame, s&#8217;en rapproche beaucoup plus que l&#8217;expression conceptuelle, n\u00e9cessairement symbolique, \u00e0 laquelle l&#8217;intuition doit recourir pour fournir des \u00ab explications <\/em><em>\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn19\" name=\"_ftnref19\"><sup><strong>[19]<\/strong><\/sup><\/a>.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Ni Bergson, ni ses lecteurs ne peuvent donc se passer d\u2019image car ils sont confront\u00e9s au m\u00eame d\u00e9fi : s\u2019approcher de l\u2019intuition concr\u00e8te \u00e0 partir d\u2019une image insaisissable.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">On peut en tirer une hypoth\u00e8se : il n\u2019y a pas de raison particuli\u00e8re pour que les images m\u00e9diatrices soient diff\u00e9rentes de celles destin\u00e9es au lecteur. L\u2019image m\u00e9diatrice n\u2019est pas le secret du philosophe. Au contraire elle est la matrice de toutes les images, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019elle est <em>\u00ab\u00a0fuyante et \u00e9vanouissante\u00a0\u00bb. <\/em>Cette \u00e9vanescence n\u2019est pas une faiblesse, un d\u00e9faut de l\u2019image \u00e0 laquelle il manquerait la fermet\u00e9 n\u00e9cessaire pour nous reconduire \u00e0 l\u2019intuition. C\u2019est exactement l\u2019inverse : c\u2019est parce qu\u2019elle est fuyante qu\u2019elle nous ram\u00e8ne \u00e0 l\u2019intuition. Mais cela n\u2019est possible que si l\u2019on use de l\u2019image comme il se doit, bref si l\u2019on dispose d\u2019une m\u00e9thode rigoureuse.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Pour comprendre une m\u00e9thode il faut en saisir les modalit\u00e9s d\u2019usage et les r\u00e8gles. Par modalit\u00e9s d\u2019usage nous entendons les pr\u00e9cautions qu\u2019il convient de prendre pour que l\u2019image remplisse pleinement sa fonction m\u00e9taphysique. Il y en a trois.<\/p>\n<ol style=\"text-align: justify;\">\n<li>D\u2019abord le recours \u00e0 l\u2019image est toujours indiqu\u00e9 au lecteur, l\u2019emp\u00eachant ainsi de se laisser prendre par l\u2019image et par la facilit\u00e9 de langage qui lui masquerait alors la rigueur de la pens\u00e9e. <em>\u00ab\u00a0Comme\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Comparable \u00e0\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0imaginons donc\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0c\u2019est si l\u2019on veut\u00a0\u00bb<\/em> Autant de formules qui alertent sur le recours \u00e0 l\u2019image. On peut distinguer ici trois variantes :\n<ul>\n<li>Les comparaisons : <em>\u00ab\u00a0Le mouvement \u00e9volutif serait chose simple, nous aurions vite fait d\u2019en d\u00e9terminer la direction, si la vie d\u00e9crivait une trajectoire unique, comparable \u00e0 celle d&#8217;un boulet plein lanc\u00e9 par un canon. Mais nous avons affaire ici \u00e0 un obus qui a tout de suite \u00e9clat\u00e9 en fragments, lesquels, \u00e9tant eux-m\u00eames des esp<\/em><em>\u00e8ces d&#8217;obus, ont \u00e9clat\u00e9 \u00e0 leur tour en fragments destin\u00e9s \u00e0 \u00e9clater encore, et ainsi de suite pendant fort longtemps.\u00a0\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn20\" name=\"_ftnref20\"><sup><strong>[20]<\/strong><\/sup><\/a><\/em><\/li>\n<li>Les analogies : <em>\u00ab\u00a0La relation du cerveau \u00e0 <\/em><em>la pens\u00e9e est donc complexe et subtile. Si vous me demandiez de l&#8217;exprimer dans une formule simple, n\u00e9cessairement grossi<\/em><em>\u00e8re, je dirais que le cerveau est un organe de pantomime, et de pantomime seulement. Son r\u00f4le est de mimer la vie de l&#8217;esprit, de mimer aussi les situations ext\u00e9rieures auxquelles l&#8217;esprit doit s&#8217;adapter. L&#8217;activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale est a l&#8217;activit\u00e9 mentale ce que les mouvements du b\u00e2ton du chef d&#8217;orchestre sont \u00e0 <\/em><em>la symphonie. La symphonie d\u00e9passe de tous c\u00f4t\u00e9s les mouvements qui la scandent ; la vie de l&#8217;esprit d\u00e9borde de m\u00eame la vie c\u00e9r\u00e9<\/em><em>\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn21\" name=\"_ftnref21\"><sup><strong>[21]<\/strong><\/sup><\/a><\/em><\/li>\n<li>Le cas particulier des images utilis\u00e9es de mani\u00e8re r\u00e9currente. D\u2019aucun pourrait les qualifier de syst\u00e9mique si Bergson n\u2019avait pas continuellement contester toute dimension syst\u00e9mique \u00e0 sa pens\u00e9e. En tout cas les mots <em>\u00ab\u00a0flot\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0flux\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0fluant\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0fluide\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u00e9coulement\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0mouvant\u00a0\u00bb <\/em>sans employ\u00e9s sans les pr\u00e9cautions d\u2019usage pour les autres images. \u00c0 ce titre, ils sont des variantes de cette image m\u00e9diatrice liquide <em>\u00ab\u00a0qui hante, inaper\u00e7ue peut-\u00eatre, l\u2019esprit du philosophe, qui le suit comme son ombre \u00e0 travers les tours et d\u00e9tours de sa pens\u00e9e\u00a0\u00bb<\/em><em>\u00a0<\/em>comme l\u2019\u00e9crit Bergson<a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn22\" name=\"_ftnref22\"><sup>[22]<\/sup><\/a> dans <u>L\u2019intuition philosophique<\/u>.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li>Ensuite l\u2019image est rarement utilis\u00e9e sans que ses limites ne soient imm\u00e9diatement point\u00e9es. L\u2019image est alors corrig\u00e9e, amend\u00e9e ou compl\u00e9t\u00e9e. On peut reprendre l\u2019exemple de l\u2019image du boulet de canon au d\u00e9but du chapitre 2 de <u>L\u2019\u00e9volution cr\u00e9atrice<\/u> : \u00ab\u00a0<em><u>Mais<\/u> nous avons affaire ici \u00e0 un obus qui a tout de suite \u00e9clat\u00e9 en fragments etc.\u00a0\u00bb<\/em> Et plus loin, carr\u00e9ment : <em>\u00ab\u00a0Ne nous attachons pas trop \u00e0 cette comparaison. Elle ne nous donnerait de la r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019<u>une image affaiblie et m\u00eame trompeuse<\/u>.\u00a0\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn23\" name=\"_ftnref23\"><sup><strong>[23]<\/strong><\/sup><\/a><\/em> Autant dire que l\u2019image est forte de son inad\u00e9quation, ou plut\u00f4t que l\u2019inad\u00e9quation de l\u2019image lui permet bien de <em>sugg\u00e9rer<\/em> sans jamais tromper le lecteur sur un point essentiel : il y a toujours quelque chose qu\u2019elle ne montre pas et qu\u2019il nous faut saisir \u00e0 m\u00eame ce qu\u2019elle montre. Ainsi, comme l\u2019\u00e9crit Bergson dans <u>L\u2019introduction \u00e0 la m\u00e9taphysique<\/u> \u00e0 propos de la conscience : <em>\u00ab\u00a0on ne lui aura rien montr\u00e9. On l\u2019aura simplement plac\u00e9e dans l\u2019attitude qu\u2019elle doit prendre pour faire l\u2019effort voulu et arriver d\u2019elle-m\u00eame \u00e0 l\u2019intuition.\u00a0\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn24\" name=\"_ftnref24\"><sup><strong>[24]<\/strong><\/sup><\/a> <\/em>On voit bien ici que c\u2019est l\u2019insuffisance de l\u2019image qui fait sa valeur. Elle est riche de son inad\u00e9quation. Et, comme l\u2019\u00e9crit Camille Riquier dans une phrase qui nous semble lumineuse : <em>\u00ab\u00a0Le langage doit \u00eatre oblique s\u2019il veut continuer \u00e0 \u00eatre direct et aller droit aux choses m\u00eames.\u00a0\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn25\" name=\"_ftnref25\"><sup><strong>[25]<\/strong><\/sup><\/a><\/em><\/li>\n<li>Derni\u00e8re pr\u00e9caution d\u2019usage, d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9e plus haut : l\u2019image ne se prom\u00e8ne pas toute seule. Elle est toujours accompagn\u00e9e car ces insuffisances ne produisent leurs effets positifs que si elles sont compens\u00e9es par d\u2019autres images qu\u2019il faut elles aussi accompagner. Ainsi, dans <u>L\u2019\u00e9volution cr\u00e9atrice<\/u>, l\u2019image de l\u2019obus n\u2019en est qu\u2019une parmi d\u2019autres. La vie est un <em>\u00ab\u00a0\u00e9lan originel\u00a0\u00bb<\/em> (p. 88-89), un <em>\u00ab\u00a0obus\u00a0\u00bb<\/em> qui \u00e9clate (p. 99), un <em>\u00ab\u00a0jet de vapeur\u00a0\u00bb<\/em> qui retombe (p. 248) et une main invisible qui s\u2019enfonce dans la <em>\u00ab\u00a0limaille de fer\u00a0\u00bb<\/em> (p. 95-96).<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Nous venons de voir quelles pr\u00e9cautions entourent le recours aux images mais il nous reste encore \u00e0 comprendre leur fonction m\u00e9thodologique. Quelle fonctions jouent-elles dans le d\u00e9roulement de la pens\u00e9e bergsonienne ? Essentiellement trois. Elles permettent de d\u00e9pister et de critiquer de faux probl\u00e8mes. Elles ont une fonction op\u00e9ratoire qui leur permet de nourrir le mouvement d\u2019une pens\u00e9e exp\u00e9rimentale et non conceptuelle. Enfin elles permettent d\u2019\u00e9prouver les limites des concepts et \u00e9ventuellement de les d\u00e9passer.<\/p>\n<ol style=\"text-align: justify;\">\n<li>Les id\u00e9es fausses ou les faux probl\u00e8mes ne se d\u00e9couvrent en tant que tels qu\u2019\u00e0 partir d\u2019une analyse de leurs pr\u00e9suppos\u00e9s \u00ab\u00a0imag\u00e9s\u00a0\u00bb. Par exemple, dans l\u2019<u>Essai sur les donn\u00e9es imm\u00e9diates de la conscience<\/u>, Bergson analyse le concept d\u2019<em>intensit\u00e9<\/em> en mettant au jour une image dominante : <em>\u00ab\u00a0Nous nous repr\u00e9sentons une plus grande intensit\u00e9 d&#8217;effort, par exemple, comme une plus grande longueur de fil enroul\u00e9, comme un ressort qui, en se d\u00e9tendant, occupera un plus grand espace. Dans l&#8217;id\u00e9e d&#8217;intensit\u00e9, et m\u00eame dans le mot qui la traduit, on trouvera l&#8217;image d&#8217;une contraction pr\u00e9sente et par cons\u00e9quent d&#8217;une dilatation future, l&#8217;image d&#8217;une \u00e9tendue virtuelle et, si l&#8217;on pouvait parler ainsi, d&#8217;un espace comprim\u00e9.\u00a0\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn26\" name=\"_ftnref26\"><sup><strong>[26]<\/strong><\/sup><\/a> <\/em>On pourrait aussi prendre en exemples les concepts de continuit\u00e9 ou de progression. \u00c0 chaque fois la d\u00e9couverte est la m\u00eame : une image spatiale structure de l\u2019int\u00e9rieur la formation d\u2019une id\u00e9e qui rel\u00e8ve de l\u2019ordre purement temporel. Dit autrement : comme chaque concept d\u00e9coule d\u2019une image m\u00e9diatrice qui nous rapproche de sa saisie intuitive, toute image pr\u00e9sidant \u00e0 la formation d\u2019un concept agit comme un op\u00e9rateur de v\u00e9rification de chaque probl\u00e8me philosophique et de chaque id\u00e9e mal formul\u00e9e. Ainsi dans notre exemple : l\u2019image fausse, contamin\u00e9e par la repr\u00e9sentation spatiale se voit identifi\u00e9e et comme \u00e9vacu\u00e9e parce qu\u2019elle ne rend pas compte de notre intuition de l\u2019intensit\u00e9 telle que nous l\u2019\u00e9prouvons dans toutes sortes d\u2019exemples : douleur plus intense quand on nous arrache une dent qu\u2019un cheveux (p.4), effort plus intense pour plier une barre de fer que pour plier une lame d\u2019acier (p.4).<\/li>\n<li>L\u2019image peut aussi servir \u00e0 penser la pens\u00e9e philosophique elle-m\u00eame de mani\u00e8re \u00e0 rendre compte plus pr\u00e9cis\u00e9ment de son mouvement. C\u2019est quelque chose qu\u2019on peut particuli\u00e8rement bien observer dans la mani\u00e8re dont Bergson traite le probl\u00e8me du parall\u00e9lisme psycho-physique<a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn27\" name=\"_ftnref27\"><sup>[27]<\/sup><\/a>. Dans un premier temps il s\u2019agit de <em>serrer \u00ab\u00a0d\u2019aussi pr\u00e8s que possible le contour des faits, chercher o\u00f9 commence et o\u00f9 finit, dans l\u2019op\u00e9ration de la m\u00e9moire, le r\u00f4le du corps.\u00a0\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn28\" name=\"_ftnref28\"><sup><strong>[28]<\/strong><\/sup><\/a><\/em> Ce <em>resserrement <\/em>permet de circonscrire le <em>trou noir<\/em> dont Bergson parlait \u00e0 Lydie Adolphe. Il peut ainsi \u00e9crire que <em>\u00ab\u00a0(\u2026) l\u2019antique probl\u00e8me des rapports de l\u2019\u00e2me et du corps (\u2026) appara\u00eet bien vite comme se resserrant autour de la question de la m\u00e9moire, et m\u00eame plus sp\u00e9cialement de la m\u00e9moire des mots : c\u2019est de l\u00e0, sans aucun doute, que devra partir la lumi\u00e8re capable d\u2019\u00e9clairer les c\u00f4t\u00e9s plus obscurs du probl\u00e8me.\u00a0\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn29\" name=\"_ftnref29\"><sup><strong>[29]<\/strong><\/sup><\/a> <\/em>Une fois le probl\u00e8me circonscrit par ce <em>resserrement <\/em>il faut encore varier les points de vue sur le probl\u00e8me. <em>\u00ab\u00a0Mais parce qu&#8217;une v\u00e9rit\u00e9 est de nature empirique, il ne s&#8217;ensuit pas qu&#8217;on puisse tout de suite la v\u00e9rifier empiriquement. Souvent il faut en faire le tour, ouvrir sur elle des routes nombreuses dont aucune ne peut \u00ea<\/em><em>tre continu\u00e9e jusqu&#8217;au bout, mais dont la convergence marque avec une exactitude suffisante, le point o<\/em><em>\u00f9 l&#8217;on aboutirait. C&#8217;est ainsi que l&#8217;on mesure la distance d&#8217;un point inaccessible en le visant tour \u00e0 tour des points o<\/em><em>\u00f9 l&#8217;on a acc<\/em><em>\u00e8 Il y a des certitudes scientifiques qui ne s&#8217;obtiennent que par des accumulations de probabilit\u00e9s. Il y a des lignes de faits dont aucune ne suffirait par elle-m\u00eame \u00e0 d\u00e9terminer une v\u00e9rit\u00e9. C&#8217;est par des additions de probabilit\u00e9s, c&#8217;est par intersection de \u00ab lignes de faits <\/em><em>\u00bb que j&#8217;ai proc\u00e9d\u00e9 <\/em><em>[\u2026<\/em><em>]\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn30\" name=\"_ftnref30\"><sup><strong>[30]<\/strong><\/sup><\/a><\/em> On trouve un exemple de ces \u00ab\u00a0lignes de faits\u00a0\u00bb dans <em>La conscience et la vie<a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn31\" name=\"_ftnref31\"><sup><strong>[31]<\/strong><\/sup><\/a> <\/em>: Bergson en suit successivement trois : l\u2019exp\u00e9rience interne de la conscience qui nous r\u00e9v\u00e8le un \u00ab\u00a0<em>pont jet\u00e9 entre le pass\u00e9 et l\u2019avenir\u00a0\u00bb<\/em> (p. 6), le mouvement \u00e9volutif de diff\u00e9renciation interne de l\u2019organisme qui conditionne la croissance de la libert\u00e9 et, enfin, l\u2019explosion et la contraction de la conscience qui d\u2019un c\u00f4t\u00e9 lib\u00e8re une \u00e9nergie accumul\u00e9e dans la mati\u00e8re et, de l\u2019autre, ramasse en un instant le nombre incalculable de petits \u00e9v\u00e8nements que la mati\u00e8re accomplit. Une fois ces lignes de faits \u00e9tablies il faut \u00e0 nouveau que la pens\u00e9e se <em>resserre <\/em>: <em>\u00ab\u00a0Pla\u00e7ons-nous alors au point o\u00f9 ces diverses lignes de faits convergent. D\u2019une part, nous voyons une mati\u00e8re soumise \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9, d\u00e9pourvue de m\u00e9moire ou n\u2019en ayant que juste ce qu\u2019il faut pour faire le pont entre deux de ses instants (\u2026). D\u2019autre part, la conscience, c\u2019est-\u00e0-dire la m\u00e9moire avec la libert\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire enfin une continuit\u00e9 de cr\u00e9ation dans une dur\u00e9e o\u00f9 il y a v\u00e9ritablement croissance (\u2026).\u00a0\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn32\" name=\"_ftnref32\"><sup><strong>[32]<\/strong><\/sup><\/a> <\/em>On peut ainsi consid\u00e9rer que le mouvement de la pens\u00e9e bergsonienne est restitu\u00e9 et m\u00eame \u00e9prouv\u00e9 par l\u2019image d\u2019une pulsation : la pens\u00e9e se resserre, se dilate pour se resserrer encore.<\/li>\n<li>\u00c9prouver les limites d\u2019un concept est la troisi\u00e8me fonction de l\u2019image bergsonnienne : elle circonscrit les limites du concept tout en le d\u00e9passant. Le meilleur exemple en est sans doute l\u2019\u00e9lan vital : <em>\u00ab\u00a0M&#8217;a-t-on assez reproch\u00e9 de substituer aux concepts d&#8217;alors l&#8217;image de \u00ab l&#8217;\u00e9lan vital<\/em><em>\u00bb [&#8230;] On se trouvait en pr\u00e9sence de deux id\u00e9es qui ont domin\u00e9 <\/em><em>la sp\u00e9culation biologique : m\u00e9canicisme ou finalisme; on croit avoir bien pos\u00e9 le probl<\/em><em>\u00e8me dans les termes de cette alternative; or c&#8217;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que je conteste : le probl<\/em><em>\u00e8me n&#8217;est pas pos\u00e9 du tout. Une m\u00e9thode m&#8217;est ch<\/em><em>\u00e8re, celle des \u00ab recoupages <\/em><em>\u00bb. Voici deux lignes qu&#8217;il convient de suivre : m\u00e9canisme d&#8217;un c\u00f4t\u00e9, finalisme de l&#8217;autre ; existe-t-il un point d&#8217;intersection entre elles ? Ni l&#8217;id\u00e9e du \u00ab mouvement pur<\/em><em>\u00bb, ni celle \u00ab de la direction vers <\/em><em>\u00bb ne suffisent ; il fallait chercher plus profond. Il m&#8217;est alors venu une id\u00e9e : en tout mouvement vital, il y a toujours un pouvoir de continuer ce mouvement au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9tat actuel. C&#8217;est cela que j&#8217;ai voulu exprimer par une \u00ab image <\/em><em>\u00bb et j&#8217;ai choisi celle de \u00ab l&#8217;\u00e9lan vital. \u00bb\u00a0\u00bb<sup><strong><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn33\" name=\"_ftnref33\">[33]<\/a><\/strong><\/sup><\/em><\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong>III M\u00e9taphysique et po\u00e9tique<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Charles du Bos \u00e9crit dans <u>Qu&#8217;est-ce que la litt\u00e9rature ?<\/u><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn34\" name=\"_ftnref34\"><sup>[34]<\/sup><\/a>: <em>&#8220;Pour originale, pour profonde, pour grosse de multiples v\u00e9rit\u00e9s que soit la pens\u00e9e de Maine de Biran, parce qu&#8217;elle n&#8217;atteint quasi jamais le repos dans la lumi<\/em><em>\u00e8re, cette pens\u00e9e renouvelle la philosophie, mais sans entrer dans la litt\u00e9rature, tandis que n&#8217;importe quelle pens\u00e9e de Bergson, chez qui pens\u00e9e et lumi<\/em><em>\u00e8re ne font qu&#8217;une, enrichit tout ensemble le thesaurus de la philosophie et celui de la litt\u00e9<\/em><em>rature.&#8221;<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Il faut ici comprendre &#8220;lumi\u00e8re&#8221; comme beaut\u00e9 : <em>&#8220;Les beaux mots sont \u00e0 vrai dire la lumi<\/em><em>\u00e8re propre et naturelle de nos pens\u00e9es.\u00a0\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn35\" name=\"_ftnref35\"><sup><strong>[35]<\/strong><\/sup><\/a><\/em> Le lien \u00e9troit entre beaut\u00e9 et pens\u00e9e pose le probl\u00e8me de l&#8217;articulation entre l&#8217;\u00e9crit bergsonien et la litt\u00e9rature. Plus exactement il introduit une question : en quoi l&#8217;utilisation bergsonienne du langage, et le style qui en d\u00e9coule, font de cette \u0153uvre philosophique un enrichissement du &#8220;thesaurus de la litt\u00e9rature&#8221; ?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Il arrive \u00e0 Bergson lui-m\u00eame de ne plus clairement distinguer \u00e9criture philosophique et \u00e9criture litt\u00e9raire. On peut lire dans <u>Les deux sources de la morale et de la religion<\/u><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn36\" name=\"_ftnref36\"><sup>[36]<\/sup><\/a> qu&#8217;il existe, \u00e0 cot\u00e9 d&#8217;une m\u00e9thode d&#8217;\u00e9criture faisant confiance au langage, <em>&#8220;une autre m\u00e9thode de composition, plus ambitieuse, moins s\u00fbre, incapable de dire quand elle aboutira et m\u00eame si elle aboutira. Elle consiste \u00e0 remonter, du plan intellectuel et social, jusqu&#8217;en un point de l&#8217;\u00e2me d&#8217;o<\/em><em>\u00f9 part une exigence de cr\u00e9ation. Cette exigence, l&#8217;esprit o<\/em><em>\u00f9 elle si\u00e8ge a pu ne la sentir pleinement qu&#8217;une fois dans sa vie, mais elle est toujours l\u00e0, \u00e9motion unique, \u00e9branlement ou \u00e9lan re\u00e7u du fond m\u00eame des choses. Pour lui ob\u00e9ir tout \u00e0 fait, il faudrait forger des mots, cr\u00e9er des id\u00e9es, mais ce ne serait plus communiquer, ni par cons\u00e9quent \u00e9crire. L&#8217;\u00e9crivain tentera pourtant de r\u00e9aliser l&#8217;irr\u00e9<\/em><em>alisable. Il ira chercher l&#8217;\u00e9motion simple, forme qui voudrait cr\u00e9er sa mati<\/em><em>\u00e8re, et se portera avec elle \u00e0 la rencontre des id\u00e9es d\u00e9j\u00e0 faites, des mots d\u00e9j\u00e0 existants, enfin des d\u00e9coupures sociales du r\u00e9el. Tout le long du chemin, il la sentira s&#8217;expliciter en signes issus d&#8217;elle, je veux dire en fragments de sa propre mat\u00e9rialisation. Ces \u00e9l\u00e9ments, dont chacun est unique en son genre, comment les amener \u00e0 <\/em><em>co<\/em><em>\u00efncider avec les mots qui expriment d\u00e9j\u00e0 des choses ? Il faudra violenter les mots, forcer les \u00e9l\u00e9ments. Encore le succ<\/em><em>\u00e8s ne sera-t-il jamais assur\u00e9 ; l&#8217;\u00e9crivain se demande \u00e0 chaque instant s&#8217;il lui sera bien donn\u00e9 d&#8217;aller jusqu&#8217;au bout ; de chaque r\u00e9ussite partielle il rend gr\u00e2ce au hasard, comme un faiseur de calembours pourrait remercier des mots plac\u00e9s sur sa route de s&#8217;\u00eatre pr\u00eat\u00e9s \u00e0 son jeu. Mais s&#8217;il aboutit, c&#8217;est d&#8217;une pens\u00e9e capable de prendre un aspect nouveau pour chaque g\u00e9n\u00e9ration nouvelle\u2026 qu&#8217;il aura enrichi l&#8217;humanit\u00e9<\/em><em>.&#8221;<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Que nous apprend ce texte ? C&#8217;est Val\u00e9ry qui nous r\u00e9pond :<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Il faudrait faire voir, <\/em>\u00e9crit-il<em>, que le langage contient des ressources \u00e9motives m\u00eal\u00e9es \u00e0 ses propres pratiques et directement significatives. Le devoir, le travail, la fonction du po<\/em><em>\u00e8te sont de mettre en \u00e9vidence et en action les puissances de mouvement et d&#8217;enchantement, ces excitants de la vie affective et de la sensibilit\u00e9 intellectuelle, qui sont confondus dans le langage usuel avec les signes et les moyens de communication de la vie ordinaire et superficielle. Le po<\/em><em>\u00e8te se consacre et se consume donc \u00e0 d\u00e9finir et \u00e0 construire un langage dans le langage.\u00a0\u00bb<\/em><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn37\" name=\"_ftnref37\"><sup>[37]<\/sup><\/a><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">La t\u00e2che du po\u00e8te se rapproche doublement de l&#8217;effort d&#8217;\u00e9criture bergsonien. D&#8217;une part il faut constamment lutter pour pratiquer une langue qui \u00e9chappe \u00e0 elle m\u00eame, d&#8217;autre part il faut cr\u00e9er, innover pour mieux rester fid\u00e8le \u00e0 l&#8217;intuition. Les difficult\u00e9s auxquelles sont confront\u00e9s po\u00e8te et philosophe semblent donc \u00eatre identiques. Comme si en d\u00e9finitive le seul probl\u00e8me \u00e9tait ce que Val\u00e9ry appelle dans son <u>Discours sur Bergson<\/u><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn38\" name=\"_ftnref38\"><sup>[38]<\/sup><\/a> la mort du langage &#8220;\u00e0 sa propre source&#8221;. Dans chaque cas l&#8217;image permet \u00e0 l&#8217;\u00e9crivain de retrouver la charge affective du mot au del\u00e0 de sa dimension purement signal\u00e9tique. Bergson n&#8217;\u00e9crit-il pas d&#8217;ailleurs lui-m\u00eame<a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn39\" name=\"_ftnref39\"><sup>[39]<\/sup><\/a> que &#8220;les mots qui n&#8217;\u00e9taient d&#8217;abord que des signaux&#8221; sont &#8220;convertis en instruments d&#8217;art&#8221; par le po\u00e8te ?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">C&#8217;est proprement l&#8217;art du po\u00e8te de faire jouer toutes les qualit\u00e9s sensibles, d&#8217;appeler toutes les sortes d&#8217;images, les kinesth\u00e9siques et les motrices, celles de la langue, les auditives et les visuelles, sous la direction effective de ce &#8220;sens enseveli&#8221; qu&#8217;est l&#8217;intuition et qui les dispose en harmonie.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>&#8220;&#8230;Bient\u00f4t une insensible transfiguration s&#8217;op\u00e8re en moi, <\/em>\u00e9crit Mallarm\u00e9<em>, et la sensation de l\u00e9g<\/em><em>\u00e8ret\u00e9 se fond peu \u00e0 peu en une de perfection. Tout mon \u00eatre spirituel \u2014 le tr\u00e9sor profond des correspondances, l&#8217;accord intime des couleurs, le souvenir du rythme ant\u00e9rieur, et la science myst\u00e9rieuse du Verbe &#8211; est requis, et tout entier s&#8217;\u00e9meut, sous l&#8217;action de la rare po\u00e9sie que j&#8217;invoque, avec un ensemble d&#8217;une si merveilleuse justesse que de ses jeux combin\u00e9s r\u00e9sulte la seule lucidit\u00e9<\/em><em>.&#8221;<a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn40\" name=\"_ftnref40\"><sup><strong>[40]<\/strong><\/sup><\/a><\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Voici la formule exactement trouv\u00e9e de l&#8217;art de Bergson : son intuition initiale se dispose en images, <em>&#8220;avec un ensemble d&#8217;une si merveilleuse justesse que de ses jeux combin\u00e9s r\u00e9sulte la seule lucidit\u00e9<\/em><em>.&#8221;<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">C&#8217;est ainsi que les mots se trouvent vitalis\u00e9s par les images qu&#8217;ils \u00e9voquent. Ils se mettent d&#8217;eux-m\u00eames au service de la pens\u00e9e dont ils forment une mati\u00e8re instrumentale : rythme, harmonie, sonorit\u00e9, timbre, force, tempo et autres propri\u00e9t\u00e9s &#8220;musicales&#8221;. Par le style qui en use, l&#8217;auteur se livre \u00e0 l&#8217;auditeur, le philosophe se r\u00e9pand \u00e0 son public. J. Hersch exprime tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment cela lorsqu&#8217;elle \u00e9crit que l&#8217;on trouve chez Bergson <em>&#8220;au lieu du regard philosophique lointain qui aplanit les reliefs et efface les diff\u00e9rences&#8221;<\/em>, <em>&#8220;le regard artiste qui accentue et qui isole&#8221;<a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn41\" name=\"_ftnref41\"><sup><strong>[41]<\/strong><\/sup><\/a><\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Forte est donc la tentation de consid\u00e9rer l&#8217;intuition bergsonienne comme plus pr\u00e8s de l&#8217;art que de la science. Mais l&#8217;identit\u00e9 du processus de composition n&#8217;est qu\u2019apparente.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Certes, une fois l&#8217;\u00e9criture de l&#8217;\u0153uvre achev\u00e9e, et en admettant que l&#8217;effort fourni contre les travers du langage ait abouti, on peut parler chez Bergson d&#8217;\u00e9quivalence entre la pens\u00e9e et son langage. Mais s&#8217;en tenir \u00e0 ce constat serait ne pas voir que la gen\u00e8se de la composition du texte philosophique va en sens inverse de celle du po\u00e8me.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Par ce qui pr\u00e9c\u00e8de nous voyons Bergson s&#8217;apparenter aux artistes par son usage de la langue et particuli\u00e8rement des images. Mais nous le voyons aussi en diff\u00e9rer dans la mesure o\u00f9 les mots ne sont jamais choisis pour eux-m\u00eames \u00e0 des fins esth\u00e9tiques mais pour faire passer quelque chose d\u2019essentiellement philosophique. Les po\u00e8tes, en effet, ne cherchent que par occasion, par curiosit\u00e9 en quelque sorte, \u00e0 prendre conscience de la port\u00e9e de leur chant par l&#8217;analyse du fond, c&#8217;est \u00e0 dire d&#8217;une autre fa\u00e7on que par la vertu de la forme : le philosophe au contraire qui conna\u00eet l&#8217;art d&#8217;\u00e9crire domine constamment l&#8217;expression litt\u00e9raire par le r\u00f4le exclusif qu&#8217;il lui conf\u00e8re de correspondre, dans le monde des corps, \u00e0 la pens\u00e9e qui se meut librement sur le plan de l&#8217;\u00e2me.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Bergson donna d&#8217;ailleurs \u00e0 H\u00f6ffding deux r\u00e9ponses \u00e0 l&#8217;identification de sa philosophie avec l&#8217;art :<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a01<\/em><em>\u00b0 L&#8217;art ne porte que sur le vivant et ne fait appel qu&#8217;\u00e0 l&#8217;intuition, tandis que la philosophie s&#8217;occupe n\u00e9cessairement de la mati<\/em><em>\u00e8re en m\u00eame temps qu&#8217;elle approfondit l&#8217;esprit, et fait appel par cons\u00e9quent \u00e0 l&#8217;intelligence aussi bien qu&#8217;\u00e0 l&#8217;intuition (quoique l&#8217;intuition soit son instrument sp\u00e9cifique) : 2<\/em><em>\u00b0 L&#8217;intuition philosophique, apr<\/em><em>\u00e8s s&#8217;\u00eatre engag\u00e9e dans la m\u00eame direction que l&#8217;intuition artistique, va beaucoup plus loin : elle prend le vital avant son \u00e9parpillement en images tandis que l&#8217;art porte sur les images.\u00a0\u00bb<\/em><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn42\" name=\"_ftnref42\"><sup>[42]<\/sup><\/a><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">D\u00e8s lors on peut mieux expliquer la diff\u00e9rence fondamentale entre ce que l&#8217;on peut appeler les images bergsoniennes et les images po\u00e9tiques. Dans les deux cas l&#8217;image est l\u00e0 pour susciter une impression chez le lecteur. Mais tandis que l&#8217;image po\u00e9tique recherche par l\u00e0 \u00e0 utiliser la saveur des mots au service d&#8217;un texte qui est en soi une fin, l&#8217;image bergsonienne s&#8217;inscrit dans une m\u00e9thode, s&#8217;articule \u00e0 une ligne de pens\u00e9e, bref, cherche \u00e0 faire voir pour faire comprendre. En un mot, la consid\u00e9ration des images, qui est une fin pour l&#8217;artiste, n&#8217;est qu&#8217;un moyen pour le philosophe. C&#8217;est d&#8217;ailleurs pourquoi Bergson fait tant de cas des \u00e9tudes litt\u00e9raires : le philosophe doit apprendre \u00e0 manier son instrument et, puisqu&#8217;il est oblig\u00e9 de passer par la parole et par l&#8217;\u00e9crit pour transmettre sa doctrine, il doit avoir d&#8217;autant plus la ma\u00eetrise de sa langue qu&#8217;il ne veut en d\u00e9pendre d&#8217;aucune fa\u00e7on. Il ressort de ce point que, pour une transmission exacte de sa pens\u00e9e, le philosophe ne peut compter sur l&#8217;interm\u00e9diaire des mots, sauf s&#8217;il conna\u00eet l&#8217;art de s&#8217;en passer. L&#8217;interm\u00e9diaire alors reste \u00e0 son niveau d&#8217;interm\u00e9diaire, et le rythme commun assume \u00e0 travers eux le passage d&#8217;\u00e2me \u00e0 \u00e2me. L&#8217;essentiel est donc que la beaut\u00e9 extrins\u00e8que du langage ne soit pas l&#8217;occasion d&#8217;une distraction de l&#8217;esprit attir\u00e9 vers l&#8217;image au d\u00e9triment du mouvement int\u00e9rieur, que les mots ne fassent en aucune mani\u00e8re \u00e9cran, et qu&#8217;ils n&#8217;absorbent rien, pour eux-m\u00eames, du &#8220;courant vital&#8221;.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">L&#8217;image bergsonienne est donc \u00e0 la fois plus et moins que l&#8217;image po\u00e9tique.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Plus tout d&#8217;abord, parce qu&#8217;elle participe d&#8217;une probl\u00e9matique. Autrement dit : la m\u00e9thode intuitive \u00e9tant au service de la r\u00e9flexion le recours \u00e0 l&#8217;image ne marque pas un refoulement pur et simple de l&#8217;intelligence mais une r\u00e9orientation de celle-ci afin de lui faire \u00e9chapper \u00e0 ses propres d\u00e9fauts.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Mais l&#8217;image bergsonienne reste aussi, d&#8217;une certaine fa\u00e7on, en de\u00e7\u00e0 des ambitions de celle du po\u00e8te. Si le philosophe utilise des images pour permettre d&#8217;acc\u00e9der \u00e0 l&#8217;\u00eatre l&#8217;artiste, lui, cherche \u00e0 constituer un \u00eatre particulier qui est l&#8217;\u0153uvre d&#8217;art et qui laisse aux images la possibilit\u00e9 de d\u00e9velopper la totalit\u00e9 de ce que Ponge appelait leur &#8220;\u00e9paisseur s\u00e9mantique&#8221;. L\u00e0 o\u00f9 le philosophe cherche \u00e0 tourner au profit de l&#8217;intelligence une partie de cette &#8220;\u00e9paisseur&#8221;, l\u00e0 o\u00f9 il est oblig\u00e9 de cumuler les images pour les brider les unes par les autres, le po\u00e8te laisse interagir la totalit\u00e9 de ce qu&#8217;elles sugg\u00e8rent. Il autorise par l\u00e0 une certaine autonomie \u00e0 son \u0153uvre, se pose en cr\u00e9ateur d&#8217;un v\u00e9ritable \u00eatre esth\u00e9tique l\u00e0 o\u00f9 le philosophe ne fait qu&#8217;ouvrir un chemin vers l&#8217;\u00eatre.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">L&#8217;art d&#8217;exposition de Bergson n&#8217;emprunte donc \u00e0 la po\u00e9sie que sa perfection, nullement son inspiration ; il est exclusivement philosophique et ne doit qu&#8217;\u00e0 la doctrine et \u00e0 la personnalit\u00e9 de son auteur le charme dont il nous semble par\u00e9.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Si art il y a dans les \u00e9crits de Bergson il faut par cons\u00e9quent se garder de l&#8217;identifier \u00e0 celui des po\u00e8tes et lui donner un sens bien particulier. C&#8217;est ce que contribuait \u00e0 d\u00e9terminer H\u00f6ffding lorsqu&#8217;il reconnaissait \u00e0 Bergson le m\u00e9rite d&#8217;avoir compris <em>&#8220;que toute impression intellectuelle profonde ne peut se produire qu&#8217;indirectement et que c&#8217;est un art de la provoquer\u2026 C&#8217;est une chose que la philosophie sait depuis le temps de Socrate, mais elle ne s&#8217;est pas toujours servie de cette v\u00e9rit\u00e9. L&#8217;esprit de syst<\/em><em>\u00e8me et l&#8217;esprit d&#8217;\u00e9cole l&#8217;en ont emp\u00each\u00e9<\/em><em>e.&#8221;<\/em><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn43\" name=\"_ftnref43\"><sup>[43]<\/sup><\/a><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">L&#8217;art du philosophe n&#8217;est donc pas accessoire, bien qu&#8217;il ne soit qu&#8217;un moyen, qu&#8217;un instrument \u00e0 la discr\u00e9tion, \u00e0 la disposition du Vrai. On pourra alors conclure en citant une derni\u00e8re phrase de Lydie Adolphe<a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftn44\" name=\"_ftnref44\"><sup>[44]<\/sup><\/a> : <em>&#8220;Apr<\/em><em>\u00e8s la lib\u00e9ration de la pens\u00e9e de l&#8217;emprise de la mati<\/em><em>\u00e8re, il y a la ma\u00eetrise de la pens\u00e9e \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de ses instruments : cette ma\u00eetrise, qui est disponibilit\u00e9 essentielle, constitue l&#8217;art m\u00eame du philosophe. L&#8217;art en toutes choses n\u2019est-il pas justement domination de soi-m\u00eame, et d\u00e9gagement des pouvoirs ext\u00e9rieurs ? Fait-on allusion \u00e0 l&#8217;art du critique, \u00e0 l&#8217;art de l&#8217;historien, \u00e0 l&#8217;art du chimiste, \u00e0 <\/em><em>l&#8217;art m\u00e9dical, etc., autrement que pour signifier que ceux qui le pratiquent ont atteint l&#8217;excellence de leur science ou de leur profession? En bien, dans le m\u00eame sens, nous disons que Bergson est, strictement parlant, un artiste de la pens\u00e9<\/em><em>e.&#8221;<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> P. Val\u00e9ry, <u>Vari\u00e9t\u00e9<\/u>, <em>\u00c9tudes philosophiques<\/em>, p. 885 in <u>Oeuvres<\/u>, tome 1 ed. Pl\u00e9iade.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref2\" name=\"_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> <u>Essai sur les donn\u00e9es imm\u00e9diates de la conscience<\/u>, in <u>Oeuvres\u00a0 compl\u00e8tes<\/u>, \u00e9dition du Centenaire, p. 86.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref3\" name=\"_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> Jacques Taminiaux, <em>Le congr\u00e8s Bergson<\/em>, <u>Revue philosophique de Louvain<\/u>, t.57, n\u00ba55, aout 1959.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref4\" name=\"_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> Bergson, <em>Le parall\u00e9lisme psycho-physique et la m\u00e9taphysique positive<\/em>, <u>M\u00e9langes<\/u>, p. 463 et sv.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref5\" name=\"_ftn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> Ibid. p. 469.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref6\" name=\"_ftn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a> Ibid. p. 472.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref7\" name=\"_ftn7\"><sup>[7]<\/sup><\/a> Lettre de Bergson \u00e0 Spearmann de 1936, in <u>M\u00e9langes<\/u>, p. 1571.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref8\" name=\"_ftn8\"><sup>[8]<\/sup><\/a> Bergson, <u>L\u2019\u00e9volution cr\u00e9atrice<\/u>,<em> Introduction<\/em>, p. 493 \u00e9dition du Centenaire (p. X).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref9\" name=\"_ftn9\"><sup>[9]<\/sup><\/a> Bergson, <u>Mati\u00e8re et m\u00e9moire<\/u>, p. 320 \u00e9dition du Centenaire (p. 205).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref10\" name=\"_ftn10\"><sup>[10]<\/sup><\/a> Ibid. p. 321 C, p. 205.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref11\" name=\"_ftn11\"><sup>[11]<\/sup><\/a> Ibid.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref12\" name=\"_ftn12\"><sup>[12]<\/sup><\/a> Ibid p. 321 C, p. 206.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref13\" name=\"_ftn13\"><sup>[13]<\/sup><\/a> Descartes, <u>Discours de la m\u00e9thode<\/u>, 2\u00e8me partie, AT, t. VI, p. 15.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref14\" name=\"_ftn14\"><sup>[14]<\/sup><\/a> Ibid, 3\u00e8me partie, AT, t. VI, p. 29.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref15\" name=\"_ftn15\"><sup>[15]<\/sup><\/a> Kant, <u>Critique de la raison pure<\/u>, <em>Analytique des principes<\/em>, chapitre 3, p. 294 ed. Aubier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref16\" name=\"_ftn16\"><sup>[16]<\/sup><\/a> Bergson, <u>L\u2019\u00e9volution cr\u00e9atrice<\/u>,<em> Introduction<\/em>, p. 713 \u00e9dition du Centenaire (p. 258).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref17\" name=\"_ftn17\"><sup>[17]<\/sup><\/a> Lydie Adolphe, <u>La dialectique des images chez Bergson<\/u>, p. 4 et 5, Paris, PUF, 1951.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref18\" name=\"_ftn18\"><sup>[18]<\/sup><\/a> Bergson, <em>Introduction \u00e0 la m\u00e9taphysique<\/em> in <u>La pens\u00e9e et le mouvant<\/u>, p. 1400 \u00e9dition du Centenaire (p. 186, note 1).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref19\" name=\"_ftn19\"><sup>[19]<\/sup><\/a> Bergson, <em>L\u2019intuition philosophique<\/em> in <u>La pens\u00e9e et le mouvant<\/u>, p. 1347 \u00e9dition du Centenaire (p. 120).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref20\" name=\"_ftn20\"><sup>[20]<\/sup><\/a> Bergson, <u>L\u2019\u00e9volution cr\u00e9atrice<\/u>, chapitre 2, p. 578 \u00e9dition du Centenaire (p. 99).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref21\" name=\"_ftn21\"><sup>[21]<\/sup><\/a> Bergson, <u>L\u2019\u00e9nergie spirituelle<\/u>, chapitre 2, p. 850 \u00e9dition du Centenaire (p. 47).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref22\" name=\"_ftn22\"><sup>[22]<\/sup><\/a> Cf. R\u00e9f\u00e9rence de la note 19.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref23\" name=\"_ftn23\"><sup>[23]<\/sup><\/a> Bergson, <u>L\u2019\u00e9volution cr\u00e9atrice<\/u>, chapitre 2, p. 705 \u00e9dition du Centenaire (p. 248).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref24\" name=\"_ftn24\"><sup>[24]<\/sup><\/a> Bergson, <em>Introduction \u00e0 la m\u00e9taphysique<\/em> in <u>La pens\u00e9e et le mouvant<\/u>, p. 1400 \u00e9dition du Centenaire (p. 186).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref25\" name=\"_ftn25\"><sup>[25]<\/sup><\/a> C. Riquier, <u>Arch\u00e9ologie de Bergson<\/u>, p. 39, ed. Puf, Paris, 2009.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref26\" name=\"_ftn26\"><sup>[26]<\/sup><\/a> Bergson, <u>Essai sur le donn\u00e9es imm\u00e9diates de la conscience<\/u>, p. 7 \u00e9dition du Centenaire (p.3).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref27\" name=\"_ftn27\"><sup>[27]<\/sup><\/a> Cf. Infra p. 2.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref28\" name=\"_ftn28\"><sup>[28]<\/sup><\/a> Bergson, <u>Mati\u00e8re et m\u00e9moire<\/u>, p. 223 \u00e9dition du Centenaire (p. 80).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref29\" name=\"_ftn29\"><sup>[29]<\/sup><\/a> Bergson, <u>Mati\u00e8re et m\u00e9moire<\/u>, p. 165 \u00e9dition du Centenaire (p. 5-6).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref30\" name=\"_ftn30\"><sup>[30]<\/sup><\/a> Bergson, <em>Le parall\u00e9lisme psycho-physique et la m\u00e9taphysique positive<\/em>, <u>M\u00e9langes<\/u>, p. 483.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref31\" name=\"_ftn31\"><sup>[31]<\/sup><\/a> Bergson, <em>La conscience et la vie<\/em> in <u>L\u2019\u00e9nergie spirituelle<\/u>, p. 815 et sv. \u00c9dition du Centenaire, (p.1).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref32\" name=\"_ftn32\"><sup>[32]<\/sup><\/a> Bergson, <em>La conscience et la vie<\/em> in <u>L\u2019\u00e9nergie spirituelle<\/u>, p. 828 et sv. \u00c9dition du Centenaire, (p.17-18).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref33\" name=\"_ftn33\"><sup>[33]<\/sup><\/a> Jean de la Harpe, <em>Souvenirs personnels<\/em>, in <u>Henri Bergson. Essais et t\u00e9moignages in\u00e9dits<\/u>, Neuch\u00e2tel, \u00c9ditions de la Baconni\u00e8re, 1942, p. 362.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref34\" name=\"_ftn34\"><sup>[34]<\/sup><\/a> Charles du Bos, <em>La litt\u00e9rature et la lumi\u00e8re<\/em>, in <u>Qu\u2019est-ce que la litt\u00e9rature ?<\/u>, p. 35-41.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref35\" name=\"_ftn35\"><sup>[35]<\/sup><\/a> Ibid.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref36\" name=\"_ftn36\"><sup>[36]<\/sup><\/a> Bergson, <u>Les deux sources de la morale et de la religion<\/u>, p. 1192-1193, ed. du Centenaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref37\" name=\"_ftn37\"><sup>[37]<\/sup><\/a> P. Val\u00e9ry, <em>Situation de Baudelaire<\/em>, <u>Vari\u00e9t\u00e9s<\/u>, II. p. 151-152.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref38\" name=\"_ftn38\"><sup>[38]<\/sup><\/a> P. Val\u00e9ry, <em>\u00c9tudes philosophiques<\/em>, p. 885 in <u>\u0152uvres<\/u> tome l ed. Pl\u00e9iade.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref39\" name=\"_ftn39\"><sup>[39]<\/sup><\/a> Bergson, <u>La pens<\/u><u>\u00e9e et le mouvant<\/u>, p. 1331 ed. du Centenaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref40\" name=\"_ftn40\"><sup>[40]<\/sup><\/a> S. Mallarm\u00e9, <u>Symphonie litt\u00e9raire<\/u>, <em>Au sujet de Th\u00e9<\/em><em>ophile Gautier.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref41\" name=\"_ftn41\"><sup>[41]<\/sup><\/a> J. Hersch, <em>Les images dans l&#8217;\u0153uvre de M. Bergson<\/em>, <u>Archives de Psychologie<\/u>, Gen\u00e8ve, Wadig, ao\u00fbt 1931, XXIII, n\u00b0 90, p. 119-120.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref42\" name=\"_ftn42\"><sup>[42]<\/sup><\/a> 57 H. Bergson, <em>Lettre \u00e0 Harald H<\/em><em>\u00f6<\/em><em>ffding en date du 15 Mars 1915<\/em>, in <u>M\u00e9<\/u><u>langes<\/u>, p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1147-1148, ed. PUF.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref43\" name=\"_ftn43\"><sup>[43]<\/sup><\/a> <u>La philosophie de Bergson. Expos\u00e9 et critique<\/u>, trad. d&#8217;apr\u00e8s l&#8217;\u00e9d. danoise&#8230;. par Jacques de Coussanges, Paris, Alcan, 1916, p. 17-18.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/9D7DA459-0413-4396-86CE-A095323DA7C7#_ftnref44\" name=\"_ftn44\"><sup>[44]<\/sup><\/a> L. Adolphe, Bergson et la dialectique des images, p. 214. ed. PUF, 1951.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dominique Demartini, professeur agr\u00e9g\u00e9, professeur en classe pr\u00e9paratoire au lyc\u00e9e Bellevue, Fort de France Conf\u00e9rence \u00e0 t\u00e9l\u00e9charger ici \u00a0 Je voudrais commencer cette intervention par une remarque et une question sur la langue de Bergson. La premi\u00e8re est esth\u00e9tique. 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