L’académie est fière d’annoncer que notre assistante bolivienne en poste en Martinique a reçu le 2ᵉ coup de cœur du concours d’écriture « Dis-moi des nouvelles plurilingues » 2026.

Ce prix, porté par France Éducation international et le Ministère de la Culture, souligne l’apport culturel essentiel des assistants de langue étrangère. Nous saluons son talent et son engagement au service du plurilinguisme.

Bravo à elle pour ce succès remarquable et bonne lecture !
Aguayo
En l’an 1300 après J.-C. sur les hauts plateaux, dans ce que sont aujourd’hui les villes de La Paz, Oruro et Potosí en Bolivie. Nous formions tous un seul peuple composé d’ayllus (groupes de familles constituant la communauté aymara). L’harmonie et la communication entre la Pachamama (mère terre) et le peuple étaient pleines et sereines grâce au travail des tisserandes. Ces dernières révélaient dans les aguayos (tissus rectangulaires colorés d’origine andine, fabriqués à partir de laine de lama, de mouton ou d’alpaga, contenant des images représentant les expériences de la communauté, utilisés pour transporter les bébés ou la nourriture) les événements naturels à venir, tels que les pluies, les sécheresses, les récoltes abondantes ou maigres, etc. Ainsi, l’aguayo était valorisé et les gens pouvaient prévoir leur bien-être dans toutes sortes de situations.
Un jour, où tout était silencieux, les tisserandes n’arrivaient pas à entendre les messages de la Pachamama. On n’ecoutait que la respiration profonde et anxieuse de la communauté qui ne trouvait aucun message dans les aguayos. Sans rien à transmettre, les femmes ne pouvaient pas tisser et les aguayos cessèrent donc d’être fabriqués. Le village ne savait pas ce qui allait se passer, c’est pourquoi le désespoir et l’incertitude devinrent le lot quotidien.

Par un froid matin d’été, une tisserande nommée Wara (« étoile » en langue aymara de Bolivie) décida de partir seule dans les montagnes enneigées. Elle prit le dernier aguayo blanc qu’elle avait tissé et entreprit son voyage, convaincue que le froid et le silence lui apporteraient les réponses dont son peuple avait besoin. Après un long trajet, elle se reposa, s’assit et se connecta à la douce caresse de la neige, à la force du vent qui criait et à l’obscurité qui embrassait ses yeux. Elle remarqua alors que l’aguayo blanc changeait, elle commença à voir toutes sortes de figures et de couleurs qui lui plaisaient et qui l’inspiraient à créer davantage de tissus. Wara comprit donc que le problème n’avait jamais été la Pachamama, il venait de la communauté qui avait oublié la valeur de la gratitude pour ce que la terre nous offre, ainsi que l’Ayni (« aujourd’hui pour toi, demain pour moi » est une forme de réciprocité qui englobe la relation entre les peuples andins et la Pachamama). Wara se leva immédiatement, puis le condor représentant Alaxpacha (« le monde d’en haut » dans la cosmovision aymara) lui offrit un cadeau pour son courage. En l’honneur de son nom, il l’enveloppa d’étoiles de la Voie lactée qui la ramenèrent chez elle. Wara, heureuse et rayonnante, vécut l’Ayni avec fierté et bonté. La communauté suivit son exemple et, grâce à cela, renoua avec la Pachamama. Le lien communicatif était plus fort, et les aguayos étaient donc beaucoup plus grands et colorés. La communauté trouva la paix, la joie et l’éclat de ses bonnes actions se transmirent de forme continnum à travers les générations grâce aux aguayos tissés pendant de nombreuses années.
FIN

